En retournant au château, nous trouvons la princesse revenant du TE DEUM pour la fête de l'Empereur, dont elle a eu la discrétion de ne pas nous parler. Au déjeuner, il est question des nominations de la Légion d'honneur, passées au MONITEUR. A ce propos, Giraud trouve qu'il y a des croix qu'on aurait dû donner, et, poussé par la princesse, finit par prononcer le nom de Carpeaux, déclarant que ceux qui la méritent le plus, sont ceux à qui on la fait le plus attendre.

La princesse, qui a la voix nerveuse et le rire strident d'une femme qui a éprouvé quelque contrariété, la princesse s'emporte, et avec une sorte de colère, soutient que les gens de talent ont le temps d'attendre, qu'il ne faut pas les combler, qu'à force de récompenses, on les endort, qu'il faut qu'ils aient quelque chose à espérer. Giraud ne démord pas de sa proposition, et la soutient, nettement, bravement, carrément.

Quand on l'entend parler ainsi, l'estime vient pour cet homme qui passe pour un courtisan, et qui, dans cette maison, gardant toutes les libertés de la discussion, fait à tout moment passer la voix de la vérité sous le couvert de la blague.

Il pleut, Giraud est parti. La princesse travaille à l'atelier. Elle a repris un portrait commencé, un portrait aux trois crayons de la princesse Primoli, qui pose avec ses beaux et bons yeux, ses noirs cheveux luisants, ses dents blanches, toute la ronde bienveillance de son visage, qui a l'air chatouillé d'envie de dormir.

Hébert, assis derrière la princesse, sans toucher un crayon, préside au travail, et c'est à tout moment:

«Faites donc cela avec la main morte… Indiquez ceci comme cela… Mettez de la sauce là… je sais bien, vous ne voulez pas vous salir les doigts?»—«Si Monsieur!» répond la princesse. Une leçon coupée de petites révoltes charmantes et de bougonnements pleins de grâce, au milieu de laquelle tombe soudainement une envie de manger du cocomero.

Et voilà les figures des deux femmes entrant dans ces tranches roses bordées de vert, qui leur laissent aux joues comme du fard mouillé, et où ça et là, un pépin noir fait une mouche.

Les trois chiens ronflent dans leur panier, et toujours des dépêches, et un travail, par ce jour de fête, comme si la princesse avait à gagner sa vie, et attendait pour dîner le prix de son portrait.

Cela dure presque jusqu'à six heures et demie, où chacun va passer l'habit du dîner. Au second service, on annonce la fanfare d'Ermont. «Dites que je suis couchée et que j'ai la migraine,» fait la princesse. On passe du champagne, et la princesse levant son verre: «A la santé du tyran!» comme dit Giraille….

Et l'on cause peinture et commandes. Hébert demande à la princesse conseil à propos d'un travail que sollicite de lui la Païva, qui est venue un jour l'enlever dans son atelier. La princesse est fort indignée qu'un peintre, de la valeur d'Hébert, travaille pour une pareille femme, et lui dit: