—«Une drôlesse comme ça, protéger l'art… Mais vous ne pourriez pas seulement mener chez elle votre mère voir vos peintures!

—Ne faites pas vos yeux jaunes, dit Hébert, en se défendant mollement.

—C'est que pour moi, c'est bien simple ces questions-là, reprend la princesse, vous pouvez faire tout pour ces dames, quand c'est gratis, mais du moment qu'il y a de l'argent… Est-ce que vous ne pensez pas comme moi?» dit-elle brusquement à Soulié, qui soutient cyniquement qu'un artiste comme Raphaël aurait travaillé pour n'importe quelle femme de son temps, et finit par s'écrier: «Moi je n'ai pas de principes!»

Cette déclaration fait lever la princesse, qui se retournant, prête à sortir, nous souhaite le bonsoir, en nous jetant: «Vraiment, avec vos indulgences si je revenais au monde, vous me feriez désirer, Messieurs, d'être une femme à tempérament, une gueuse!»

Nous remontons avec Hébert qui nous parle de Rome, de l'Académie, des lignes de la campagne de là-bas avec une voix amoureuse et émue d'un homme qui y aurait là, la patrie de son talent, de ses goûts, de ses bonheurs. Comme nous causions, un grand laquais m'a apporté de la part de la princesse une pommade quelconque pour un rhume de cerveau. La princesse a beaucoup de ces gentilles attentions, de ces petites façons de vous dire qu'elle pense à vous.

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Mercredi 16 août.—Arrivent ce matin, à déjeuner, le ménage Benedetti, et le médecin du prince Napoléon, qui vient de couper à la princesse une petite verrue qu'elle avait sur la paupière. On cause santé, et comme quelqu'un fait à la princesse compliment de sa belle santé, elle dit: «Oh! moi, je n'ai jamais été malade. Sauf une scarlatine, jamais rien de rien, jamais de sangsues, de vésicatoires. Je ne connais que l'huile de ricin et l'eau de Pulna.»

Dans l'omnibus qui nous a ramenés à Sannoy, nous repassions ces trois journées. Nous jugions la princesse. Nous trouvions que peu de bourgeoises mettraient autant de bonne enfance dans leur amabilité. Nous revoyions, dans la princesse, une maîtresse de maison plus attentive aux gens qu'elle invite, et les distinguant plus délicatement, que presque toutes les femmes du monde que nous avons vues jusqu'ici. Nous pensions à cette liberté, à ce charme de brusquerie, à cette parole passionnée, à cette langue colorée d'artiste, à ce sabrement des choses bêtes, à ce mélange de virilité et de petites attentions féminines, à cet ensemble de qualités, de défauts même, marqués au coin de notre temps, et tout nouveaux dans une Altesse,—et qui font de cette femme le type d'une princesse du XIXe siècle: une sorte de Marguerite de Navarre dans la peau d'une Napoléon.

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19 août.—La joie de voir bientôt notre pièce jouée, un peu mêlée de tressaillement et d'angoisse, et même cette joie légèrement atténuée par l'approche trop rapide de la réalisation de la chose, qu'on aimerait mieux continuer à sentir devant soi, à sentir à l'horizon.