La causerie touche à Balzac et s'y arrête. Sainte-Beuve attaque le grand romancier: «Balzac n'est pas vrai… c'est un homme de génie, si vous voulez, mais c'est un monstre!
—Mais nous sommes tous des monstres, riposte Gautier. Alors qui a peint ce temps-ci? Où se retrouve notre société? Dans quel livre?… si Balzac ne l'a pas représentée?
—C'est de l'imagination, de l'invention, crie aigrement Sainte-Beuve, j'ai connu cette rue de Langlade, ce n'était pas du tout comme ça.
—Mais dans quels romans trouvez-vous la vérité! Est-ce dans les romans de
Mme Sand?
—Mon Dieu, fait Renan qui est à côté de moi, je trouve beaucoup plus vraie Mme Sand que Balzac.
—Pas possible, vraiment!
—Oui, oui, chez elle les passions sont générales…
—Et puis Balzac a un style! jette Sainte-Beuve, ça a l'air tordu, c'est un style cordé.
—Messieurs, reprend Renan, dans trois cents ans on lira Mme Sand.
—Plus souvent… à Chaillot… Mme Sand, elle ne restera pas plus que Mme de Genlis.