—C'est déjà bien vieux, Balzac! hasarde Saint-Victor, et puis c'est trop compliqué.

—Mais Hulot, crie Neftzer, c'est humain, c'est superbe!

—Le beau est simple, reprend Saint-Victor, il n'y a rien de plus beau que les sentiments d'Homère, c'est éternellement jeune… Voyons Andromaque, c'est plus intéressant que Mme Marneffe!

—Pas pour moi! fait Edmond.

—Comment, pas pour vous?

—Votre Homère ne peint que les souffrances physiques. Peindre les souffrances morales, c'est autrement malaisé… Et voulez-vous que je vous dise: le moindre roman psychologique me touche plus que tout votre Homère… Oui, je lis avec plus de plaisir ADOLPHE que l'ILIADE.

—C'est à se jeter par la fenêtre, quand on entend des choses comme cela! hurle Saint-Victor.

Les yeux lui sortent de la tête. On a marché sur son Dieu, on a craché sur son hostie. Il trépigne et beugle: «C'est insensé… Peut-on vraiment… D'abord les Grecs sont indiscutables… Tout est divin chez eux.»

Hourvari général pendant lequel Sainte-Beuve se signe avec une piété d'oratorien, en murmurant: «Mais, Messieurs, le chien d'Ulysse…» et que Gautier lance: «Homère, un poème de Bitaubé… oui, c'est Bitaubé qui l'a fait passer… Homère n'est pas ça. On n'a qu'à le lire dans le grec. C'est très sauvage…»

Et moi je disais à mon voisin: «On peut nier Dieu, discuter le pape, dégueuler sur tout… mais Homère… C'est singulier les religions en littérature!»