—Vous en voulez, Madame?
—Mille francs!
Et comme nous lui en offrons 300 francs, le prix auquel nous savions que le mari était à peu près descendu, après l'avoir fait offrir à tous les riches amateurs de Paris, un sec: «Reconduisez ces Messieurs», dit par la femme à une petite fille, nous ôte tout espoir et nous fait descendre le misérable escalier, le gosier sec comme après une grande émotion.
Le lendemain, nous offrons 400 francs au mari, à l'homme du ménage, et cela par acquit de conscience et sans la moindre espérance, quand, le soir, le mari et la femme, et même le petit enfant au sein de sa mère, nous apportent le dessin sur lequel nous ne comptions pas.
Et nous passons toute la soirée, à regarder le roi Louis XV passer la revue de sa maison militaire, son livret à la main, et les soldats microscopiques et les curieux refoulés à coups de crosse de fusil, et les chambrières montées sur le haut des carrosses, et dont un coup de vent fait envoler les jupes.—Notre plaisir mêlé d'un petit remords, d'avoir pu si peu donner d'argent, pour un si beau dessin, à de si pauvres gens!
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—Rien de plus charmant, de plus exquis que l'esprit français des étrangers, l'esprit de Galiani, du prince de Ligne, de Henri Heine.
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15 décembre.—Nous tombons sur des fragments oratoires du Marat de Lyon, sur l'éloquence grisée de Chalier, où la phrase sonne parfois comme un vers d'Hugo. Personne n'a vraiment rendu la passion, l'excitation, la furie, le grand delirium tremens de ce temps. La Révolution n'a eu pour historiens jusqu'à présent que de froids journalistes comme M. Thiers ou des harpistes comme Lamartine… Et les peintres donc, quelles pauvres intelligences! Nous étions plongés, ces journées-ci, dans les MÉMOIRES DE Mme DE LAROCHEJACQUELEIN. Quel livre! Quelle épopée! Quel roman. C'est tout à la fois l'Illiade et le Dernier des Mohicans. Que de tableaux! Le passage de la Loire à Florent-le-Vieux, c'est le passage du Nil. Et comme dans les temps antiques, toujours des individualités en relief, et la guerre ayant encore l'air d'être entre des hommes et non entre des multitudes. Là dedans, les derniers héros! Et jusqu'au comique qui se trouve mêlé au tragique, quand les restes de l'armée en guenilles s'affublent de turbans du théâtre de La Flèche, et qu'on se fait fusiller dans de vieux jupons. Oui, c'est comme la défroque du Roman comique tombée sur les épaules d'une légion thébaine. Et savez-vous ce que la peinture a trouvé dans cette retraite des Dix Mille… un curé qui monte la garde.
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