Un oeil qui ne se décourage pas, est, décidément, irrésistible. Je me mets à prendre l'habitude de fumer à la fenêtre, l'oeil, chaque jour, prenant un rinforzando… Et le regard devient, tour à tour, un regard suppliant de désir, un regard fauve, un regard violateur dont je suis le pôle. Enfin, je finis par vouloir d'une femme dont je n'ai pas envie.

—Mme *** s'habille, noue avec toutes sortes de lenteurs les rubans de son chapeau, met et remet ses gants, explique à son mari avec de grands gestes pourquoi elle sort, regarde en l'air, appelle de l'oeil, descend l'escalier, se montrant longuement aux fenêtres des paliers, passe sous la porte cochère.

Je me jette à sa suite. Je vois sa robe grise et son mantelet noir tournant au coin de la rue Olivier. Je marche un assez long temps derrière elle, puis ramassant tout mon courage, je la dépasse, reviens sur elle, la salue très émotionné, et, après quelques mots vagues et balbutiants, lui demande la permission de lui écrire.

—«M'écrire… qu'avez-vous à m'écrire? me dit-elle avec un sourire indéfinissable.

—Oh! Madame, je suis affreusement timide, et j'ai à vous écrire ce que je n'ose vous dire.

—Mais quoi? Est-ce que vous avez à vous plaindre? Est-ce que ma petite crie trop fort? Est-ce qu'elle vous dérange dans votre travail? Du reste, nous allons bientôt partir pour la campagne.

—Vous allez aux bains de mer avec Mme ***, et je lui nomme une femme de la société de sa connaissance.

—Les bains de mer me sont défendus.

—Par qui donc, Madame?

—Mais par les médecins, oui, Monsieur, j'ai une maladie noire.