Lundi 13 juillet.—Très malheureux les nerveux en leurs amitiés. Dans la préoccupation d'un ami, dans sa mélancolie ils se figurent une baisse de son affection, un refroidissement; et ce sont à ce sujet, d'absurdes circumvagations de la cervelle, et d'imbéciles imaginations.

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Mardi 14 juillet.—Une femme faisait, devant moi, la remarque que les ménages religieux ne procréaient jamais dans le carême, que leurs enfants dataient presque toujours des grandes fêtes, et qu'il y avait, à l'instar des œufs de Pâques, beaucoup d'enfants de Pâques.

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Mercredi 15 juillet.—Aujourd'hui, il y a chez les Daudet, un grand dîner, où sont invités le ménage Zola, le ménage Charpentier, et Coppée.

Entre Zola. Ce n'est plus le dolent, le geignard d'autrefois. Aujourd'hui, il apporte dans sa marche, dans son verbe, quelque chose d'énergique, d'âpre, presque de batailleur. Et dans ses paroles revient, à tout moment, le nom de Bourgeois, de Constans, auxquels il a écrit, qu'il a vus, accusant chez lui un curieux envahissement de l'ambition politique.

Bientôt arrive Coppée, qui vient de Combs-la-Ville, d'un petit village de l'autre côté de la forêt de Senart, où il a loué cette année. Dans la peau tannée du poète, la clarté aiguë de sa prunelle à la couleur de l'eau de mer, donne à ce Parisien la physionomie d'un vieux loup de mer.

On s'est assis sur la petite terrasse, et l'on cause de la mauvaiseté de la jeune critique à notre égard. C'est l'occasion pour Zola de répéter sa phrase: «Qu'est-ce que ça fait les éreintements? Qu'est-ce que ça fait? Rien!» Et il déclare, que quant à lui, ça l'intéresse, et que c'est pour lui une petite joie de savourer, le soir, un article féroce qu'il a entrevu le matin. Et il se met à faire une profession d'amour à l'égard de ses éreinteurs, prenant contre nous la défense des décadents, des symbolistes, cherchant à leur trouver des mérites, et s'attirant par ses généreux efforts, cette jolie blague de Coppée: «Comment, maintenant, vous Zola, vous vous occupez de la couleur des voyelles!»

On passe à table, avec de la nervosité montée dans les voix, et le souffle de la contradiction dans les paroles.

Là, il est question du RÊVE, ce qui amène Coppée à demander à Zola, s'il a vraiment joué de la clarinette. Et Zola de célébrer la clarinette, et de proclamer, que c'est l'instrument qui représente l'amour sensuel, tandis que la flûte représente tout au plus l'amour platonique. «Comme le hautbois représente le paysage ironique,» jette un blagueur dans l'esthétique musicale de Zola, qui se met à parler longuement de sa toquade actuelle de faire un livret d'opéra en prose, et de la belle et grande chose que pourrait en ceci produire l'union de la littérature et de l'art musical. Ce qui fait Daudet s'écrier, que pour les gens qui aiment vraiment la musique, la musique est un art qui n'a pas besoin de l'accommodage d'un autre art, bien au contraire.