Lundi 28 juillet.—Ce soir, Mme Dardoize racontait qu'à un dîner chez la duchesse de Reggio, malgré les signes de son mari, la duchesse demandait à un officier de marine, pourquoi il n'avait mangé ni du veau ni du poulet qu'on lui avait servi. Il se trouvait que cet officier pris avec sa femme par des anthropophages, avait mangé sans le savoir d'un pâté fait avec la chair de son épouse, et depuis ne pouvait plus manger de viande blanche.

Pourquoi l'horreur à un certain degré dans les histoires, au lieu d'apitoyer, pousse-t-elle à rire?

Un curieux mot de Léon enfant, le lendemain de la prise de possession de
Champrosay par les Prussiens: «Papa, puis-je me réveiller?»

* * * * *

Jeudi 31 juillet.—Geffroy me disait à propos de quelques mots, dits par moi à dîner: «Je me suis tordu… ce qu'il y a d'amusant chez vous, un pessimiste… c'est que vous avez des mots d'une gaieté féroce!»

* * * * *

Vendredi 1er août.—J'ai, de temps en temps, une fatigue à continuer ce journal, mais les jours lâches, où cette fatigue se produit, je me dis: «Il faut avoir l'énergie de ceux qui écrivent mourants dans les glaces ou sous les tropiques, car cette histoire de la vie littéraire de la fin du XIXe siècle, sera vraiment curieuse pour les autres siècles.»

* * * * *

Lundi 4 août.—En pensant aux choses magiques trouvées par ce siècle comme le phonographe, etc., etc., je me demande si les autres siècles ne trouveront pas encore des choses plus surnaturelles, et si à propos des livres perdus de l'antiquité, on ne trouvera pas le moyen, par une cuisine scientifique dans une boîte cranienne d'une momie d'Égypte ou d'un autre mort antique, de faire revivre la mémoire des livres lus par le possesseur de cette boîte cranienne.

* * * * *