Ils ne se doutent pas, ces gens, qu'il y a cent cinquante ans, au moment où Marivaux publiait le roman de MARIANNE, on lui disait que les aventures de la noblesse pouvaient seules intéresser le public, et Marivaux était obligé d'écrire une préface, où il proclamait l'intérêt qu'il trouvait, dans ce que l'opinion publique dénommait l'ignoble des aventures bourgeoises, et affirmait que les gens qui étaient un peu philosophes et non dupes des distinctions sociales ne seraient pas fâchés d'apprendre ce qu'était la femme, chez une marchande de toile.

Eh bien, à cent cinquante années de là, il est peut-être permis, à un esprit un peu philosophe, dans le genre de Marivaux, de descendre à une bonne et à une basse prostituée. Et je le dis en dépit de l'interdiction de la FILLE ÉLISA, et du mauvais vouloir du chef du gouvernement pour GERMINIE LACERTEUX, ces deux pièces seront jouées avant vingt ans, tout aussi bien que les pièces à Empereurs, à marquis, à gros bourgeois.

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Samedi 14 janvier.—Dans quelle bataille je vis, pendant que Millerand interpelle le ministre Bourgeois à propos de l'interdiction de la FILLE ÉLISA, moi je travaille à ma préface à l'encontre de Renan.

Mais au fond de moi, j'ai un regret de n'avoir pas accepté l'invitation d'Ajalbert, et de ne pas me trouver à la Chambre. La séance devait me fournir une belle note.

À cinq heures, Ajalbert et Mlle Nau tombent chez moi, sortant de la séance. Mlle Nau y était entrée, en faisant passer une carte à Millerand portant: la fille Élisa. Cela s'est passé, comme ça devait se passer. L'interpellation a été enterrée au milieu de l'effarouchement pudibond de la Chambre, et après une réplique d'un assez bon goût du ministre Bourgeois.

Je ne suis décidément pas aimé des hommes politiques, et je le mérite par mon mépris pour eux. L'un d'un disait à Millerand, sur un ton qu'on ne peut pas définir: «Vous êtes donc l'ami de ce de Goncourt?»

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Dimanche 25 janvier.—Vraiment, m'avoir refusé aux Français la PATRIE EN DANGER, cette pièce impartiale, où j'avais opposé au royalisme de mon comte et de ma chanoinesse, le beau républicanisme du jeune général, où j'avais fait de mon guillotineur, un espèce de fou humanitaire, le sauvant de l'horreur de son rôle de sang, pour accepter cette pièce irritante de THERMIDOR, pour accepter cette pièce écrite dans cette langue: «Et le colosse désarmé par un hoquet, vaincu par une phrase, étranglé par une sonnette

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