Jeudi 29 janvier.—Voici mes idées sur la réglementation et la police des théâtres, que j'exposais ce soir, chez Daudet. Pas de censure et pas d'interdiction préventive. Une pièce amenant des batailles, pas interdite tout d'abord, mais suspendue. Au bout de huit jours, après une semaine donnée aux passions, aux animosités, aux colères, pour se calmer, une seconde représentation, ou si les batailles recommençaient, alors seulement l'interdiction formelle.

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Samedi 31 janvier.—La FILLE ÉLISA, le drame interdit par la censure, a obtenu un succès considérable. Il a assourdi Paris, sous la criée des camelots, pendant plusieurs jours, et un premier tirage de 300 000 épuisé, la Lanterne à dû le faire retirer.

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Mercredi 4 février.—Aujourd'hui j'achète chez Hayashi une poche à tabac de Gamboun, le figurateur spécialiste de la fourmi au Japon: un objet de la vie intime, au caractère d'un objet de sauvage, mais fabriqué par le sauvage le plus artiste de la terre.

C'est extraordinaire la jouissance que procure à un amateur la possession d'un objet parfait: c'est si rare le bibelot qui vous satisfait complètement.

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Lundi 9 février.—Ce soir, M. Villard soutenait que la qualité du Français et sa supériorité sur tous les autres Européens, étant l'ordre, la méthode, l'économie, on ne savait pourquoi, dans tout l'univers, sa grande réputation était sa légèreté.

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Mardi 10 février.—Les Daudet ont signé, ce matin, le contrat de mariage de leur fils Léon avec Jeanne Hugo.