Samedi 7 mars.—Je ne sais qui m'appelait hier «triomphateur». Il est drôle mon triomphe, drôle vraiment! Toute la journée je me suis dit: «Il faut aller ce soir à l'Odéon… il faut par ma présence encourager, échauffer mes acteurs… mais dans la perspective de trouver une salle comme celle d'avant hier, je n'ai pas le courage de me rendre à l'Odéon.

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Dimanche 8 mars.—Ce soir, salle bondée de spectateurs. Applaudissements frénétiques. Léonide heureuse de sa voix à moitié retrouvée, me montre avec orgueil son dos, où il n'y a plus de peau par la morsure des taxia. Chelles m'annonce cent représentations. Et de désespéré, que j'étais en arrivant, je m'en vais réespérant. Dans les choses théâtrales: c'est abominable ces hauts et ces bas, et sans transition aucune.

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Lundi 9 mars.—Lettre de Porel, qui m'apprend que l'Odéon a fait hier avec la matinée, près de 7 000. Lettre de Debry, agent de la société des auteurs dramatiques, qui m'annonce que Mme Favart accepte mes conditions pour une tournée en province.

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Mardi 10 mars.—Ce matin, dans le lit, ruminement des mauvais articles d'hier et d'aujourd'hui, et l'indignation de cet article de Bigot, du Siècle, qui cherche à me faire siffler, en proclamant que l'adultère de ma pièce est plus immoral que les adultères de toutes les autres pièces, et en donnant à entendre que le frère aîné est un maquereau.

Au fond, il n'y a pas à se le dissimuler, la pièce a du plomb dans l'aile.

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Jeudi 12 mars.—Dans le montage fiévreux de la pièce, dans le coup de fouet des répétitions, dans l'émotion de la première, je n'avais pas conscience de la fatigue cérébrale; aujourd'hui, elle se fait sentir, et tous les matins je me réveille la tête lourde.