Là, chez le marchand de vin, une odeur de soupe aux choux! une odeur!… qui fit dire à Voillemot: «Est-ce qu'on ne pourrait pas dîner ici?»

Et tout d'abord les portraits de ce monde, croqués par Voillemot: le père Dinochau, un vieil abruti, la mère Dinochau qui avait de gros yeux saillants comme des tampons de locomotive, et le fils Dinochau célèbre plus tard, un voyoucrate fin et intelligent.

On les accepte à dîner, et les jours suivants, Voillemot amène des camarades, et au bout de quelque temps, les convives deviennent si nombreux, qu'on est les uns sur les autres. «Si vous preniez l'entresol,» dit un jour Voillemot au ménage Dinochau.

Le ménage se décide, et le gras Chabouillet, dont j'ai gardé le souvenir, comme un Louis XVI, en pantalon de nankin, fait un trou dans le plafond, y conduit le serpentement d'un petit escalier tournant, et voilà installée la salle à manger ordinaire de Murger, de Bartet, de Scholl, de Monselet, etc., etc.

C'étaient, dans le principe, des dîners à 35 sous, mais avec des suppléments, et encore en bas vous attendant au comptoir, des diamants,—qui étaient des verres d'eau-de-vie,—dont le fils Dinochau vous faisait l'offre, en l'accompagnant d'un petit air de violon tout à fait engageant.

Puis bientôt des femmes s'adjoignaient aux hommes, et Bartet pariait un jour, qu'il ferait voir son nombril à la société, et ma foi relevant sa blouse, sous laquelle il était nu, il le faisait voir son nombril, et peut-être mieux que son nombril:—malheureusement, au moment où Mme Dinochau avait ses yeux «de tampons de locomotive» à la porte.

Indignation de l'austère marchande de vin, qui lui déclarait qu'il déshonorait sa maison, et qu'il n'y rentrerait jamais, et à la suite de cette déclaration, une série de scènes drolatiques, et de lâchetés spirituelles de Bartet, pour rentrer en grâce, et remanger du pot-au-feu de Dinochau.

Ce soir, le hasard me fait lire un article de je ne sais plus qui, constatant avec une joie, presque sauvage, la baisse, l'écroulement des objets japonais: tout cela pour arriver à dire au public, que l'Académie des Goncourt est fichue, et que les gens qui croyaient en être, sont volés.

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Mercredi 11 avril.—On racontait, ces dernières années, qu'un de nos jeunes clubmen des plus connus, avait frété un yacht, pour faire une sorte de tour du monde, en compagnie d'amis et de cocottes, et qu'au moment du départ, les mères des jeunes gens ayant témoigné des inquiétudes de ce voyage, et ayant laissé percer le regret, si quelqu'un ou quelques-uns venaient à périr, de n'avoir pas à pleurer sur un tombeau au Père-Lachaise ou à Montmartre; on avait fait une place dans la cale, au milieu de la cargaison de pâtés de foie gras et de bouteilles de champagne, à des bières de plomb, et comme le soudage est une opération très difficile, on avait embarqué le soudeur avec l'équipage.