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Vendredi 7 décembre.—Porel est convoqué aujourd'hui par la censure. Il est obligé de quitter la répétition, en me disant de l'attendre pour savoir le résultat. La répétition finie, il tarde, il tarde. Je laisse dans son cabinet Réjane, qui persiste à l'attendre, et je m'en vais, voulant m'éviter une nuit colère.
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Samedi 8 décembre.—Un fichu état nerveux, qui me met des larmes dans les yeux, quand dans la correction des épreuves, je relis ma pièce.
Du théâtre, j'emporte chez moi le manuscrit de la censure, pour en prendre copie. Songe-t-on, qu'à la veille de l'anniversaire de 89, un directeur de théâtre est obligé de batailler avec la commission de la censure, un gros quart d'heure, pour garder cette phrase de son auteur: «Je suis prête d'accoucher.» Ce soir, reporter à dix heures des épreuves chez Charpentier.
C'est bon tout de même, cette vie active, affairée, précipitée, où l'on n'a pas une minute à soi: ça fait vivre jeunement, un vieux comme moi.
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Dimanche 9 décembre.—Télégramme tout à fait inattendu de Saint-Pétersbourg, m'annonçant qu'HENRIETTE MARÉCHAL a été jouée avec un grand succès, au Théâtre Michel.
La vie de théâtre a cela, qu'elle donne la fièvre à votre cervelle, qu'elle la tient, tout le temps, dans une excitation capiteuse, et qui vous fait craindre, quand vous en serez sorti, que la vie tout tranquillement littéraire du faiseur de livres, paraisse bien vide, bien fade, bien peu remuante.
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