Lundi 10 décembre.—L'envie de rédiger une pétition à la Chambre des députés, dans laquelle je demanderai la suppression de la commission de censure.
Au milieu de la tirade dramatique du neuvième tableau, dite d'une manière trop mélo, par Mme Crosnier, Porel lui crie: «Mouchez-vous là, et ne craignez pas de vous moucher bruyamment.» Or, cette chose humaine fait la tirade nature, et lui enlève le caractère théâtre qu'elle avait, avant.
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Mardi 11 décembre.—Aujourd'hui, le Guignol est démonté, et les Daudet qui assistent à la répétition, pleurent, comme de candides bourgeois. Daudet me dit, que la seule crainte qu'il éprouve pour moi, c'est que la fin de mes tableaux, sans effet théâtral, ne déroute le public.
À ce qu'il paraît, Jacques Blanche aurait entendu dans les sociétés qu'il fréquente, que la première serait houleuse.
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Jeudi 13 décembre.—Ah! le théâtre, c'est plein d'imprévu hostile! Réjane, qui a une névralgie dans la mâchoire, et qui n'a pas répété hier, et qui depuis deux jours n'a pas mangé, après avoir avalé un bouillon qu'on est allé chercher chez Foyot, ne peut donner que les attitudes de son rôle, que dit tout haut la souffleuse.
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Samedi 15 décembre.—J'ai rendez-vous à l'Odéon, avec Loti, qui part demain matin et ne pouvant assister à la première, remise à mardi, m'a demandé à être présent à la répétition de la censure.
Je le trouve dans le cabinet de Porel, causant du MARIAGE DE LOTI, que fabriquent, en ce moment, des inconnus, et je l'engage et le décide très facilement à faire la pièce lui-même. Et voici Porel, avec sa facilité d'emballement, rêvant déjà de décors exotiques et de mélodies haïtiennes, et faisant du MARIAGE DE LOTI, dans son imagination, la pièce à succès de la fin de l'année, et voilà l'auteur du charmant roman, tout charmé, et sous le coup de la fascination de cette chose nouvelle: le théâtre,—et qui invite Porel à venir à Rochefort, et à travailler à la pièce, à eux deux.