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Jeudi 30 avril.—Le déjeuner annuel chez Ledoyen, le jour de vernissage, avec les ménages Charpentier, Zola, Daudet. Tout le temps, on fait joyeusement le château en Espagne d'un voyage, à nous sept, dans le midi de la France, en automne; et ce sont mille plaisanteries des femmes sur mes mœurs de tortue, sur mes attaches à ma maison, à ma chambre, à mon lit.

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Vendredi 1er mai.—Avec ces coucheries, ces sommeils dans la journée, dont j'ai pris l'habitude, la vie réelle ressemble à un grand rêve, où les choses qui se passent aux heures vraiment éveillées, laissent en vous des réminiscences plus accentuées, plus nettement formulées, mais des réminiscences ayant tout de même un peu du caractère des songes.

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Samedi 2 mai.—Ce soir, on causait superstition. Zola est tout à fait curieux, il parle de ces choses, à voix basse, mystérieusement, comme s'il avait peur d'une oreille redoutable, qui l'écouterait dans l'ombre de l'appartement. Il ne croit plus à la vertu du nombre 3; c'est le nombre 7 qui est pour lui, dans le moment, le nombre porte-bonheur.

Et il laisse entendre, que le soir, à Médan, il ferme ses fenêtres, avec certaines combinaisons hermétiques.

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Dimanche 3 mai.—En mon grenier, ce matin, je regardais dans une bouteille de bronze, à la forme élancée, au long col, à la patine sombre, et dont toute l'ornementation est faite, d'une mouche posée sur le noir métal, je regardais, sans en pouvoir détacher mes yeux, une dragonne, cette fleur turgide et déchiquetée, aux stries rouges dans son étoilement jaune impérial, une fleur qui a l'air d'un rinceau de décor, d'une astragale en train de fleurir.

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