Enfin nous les reconduisons. En chemin, Belot annonce ainsi son divorce: «Quand ç'a été fait, elle (sa femme) m'a dit: Je suis votre meilleure amie!».
Lorsqu'on descend à la gare, Daudet retient un moment Belot à la portière et se plaint de sa lettre, Belot balbutie, rejette le mauvais procédé sur ses embêtements, ses nerfs, déclare qu'il n'aurait jamais envoyé cette lettre, si c'était lui qui l'avait écrite. Daudet lui fait remarquer le drolatique de l'excuse d'un homme, qui se trouve moins coupable, en prenant un secrétaire de ses injures, et ajoute quelques mots sévères qui font prendre congé de Daudet par Belot, en ces termes: «Adieu, monsieur Daudet!»
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Dimanche 2 août.—Daudet me disait être embêté de travailler à SAPHO. Ce qui lui sourirait dans le moment, c'est de mettre au théâtre ROUMESTAN, qu'il trouve son meilleur livre. La pièce qu'il voit, qu'il conçoit, serait le développement de l'écart sur l'amour qu'il y a entre la créature du Nord et la créature du Midi. Le Midi est polygame, le Nord est monogame. Le piquant aurait été d'y faire collaborer sa femme, en lui faisant écrire son rôle de femme du Nord, tandis que lui se serait disséqué dans son rôle d'homme du Midi.
Et puis des changements: l'amour de la jeune belle-sœur allant à Roumestan par une affinité de race, et comme fin, l'épouse après avoir pardonné, mourant de sa blessure.
Des journées, remplies par de longues promenades, ventilées par les bourrasques des plateaux de Cour-Couronne, et par la lecture de morceaux de mon JOURNAL, qui semblent faire une impression pénétrante sur le ménage.
Daudet me parlait aujourd'hui de sa mère, dont il tient plus que de son père; de celui-ci il n'aurait que les violences. Cette mère dont il cause volontiers, il me la peint, avec des paroles tendres.
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Jeudi 6 août.—Nous en sommes arrivés avec Daudet à ce degré d'intimité, où l'on reste à côté l'un de l'autre, sans se parler, silencieusement, heureux d'être ensemble, et n'éprouvant pas le besoin de le témoigner, et de remplir les vides de la conversation.
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