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Dimanche 2 mai.—L'ennui des yeux, avec une bouche qui dit les phrases les plus stupidement admiratives, et avec des mains,—des mains de jolie femme, s'il vous plaît—qui ont des maladresses et des lourdeurs de patte de rustre: c'est à quoi l'on reconnaît chez les femmes de la société, la prétention de paraître aimer l'objet d'art, sans en avoir la moindre connaissance, même la moindre curiosité.
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Dimanche 9 mai.—J'ai acheté ces temps-ci une série de dessins japonais, représentant des poissons et des oiseaux, dont je n'ai vu aucun échantillon pareil dans nulle école, comme habileté, comme croquade spirituelle, rendant du premier coup la nature. Il y a là, des études d'oiseaux ressemblant à des grives, qui ont une parenté avec le gribouillis des aquarelles de Gabriel de Saint-Aubin; il y a là, des études de poissons dans le genre des maquereaux, où l'admirable mélange des tons jaunâtres et azurés, est comme fait d'une dizaine d'essuiements de pinceaux. Il s'y trouve un faisan aquarellé, grandeur nature, qui est une pure merveille, et où de vraies plumes sont collées tout autour du faisan, pour servir de point de comparaison, avec les tons de l'aquarelle.
D'après Hayashi, ces dessins seraient d'un nommé Baï-itsou, un artiste de
Kioto, vivant vers 1820.
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Samedi 15 mai.—Dans ce moment rien n'est plus vrai de ce qu'on a cru, en religion, aussi bien qu'en médecine, et qu'en quoi que ce soit. La peau n'est plus perméable, et un cataplasme est une absurdité n'ayant aucun effet, même lorsqu'il lui arrive d'empoisonner avec du laudanum. Le vin, le vieux et vrai vin, connu jusqu'ici comme un réconfortant, est tout à fait contraire à la santé, et pourrait être à la rigueur un débilitant, etc., etc.
Enfin sur toutes choses, deux opinions d'une autorité presque égale, dont l'une dit blanc, l'autre dit noir, et les notions de tout, confuses, incertaines, et dans cette anarchie de croyances, plus une seule vérité debout, et qui ne soit entamée par le doute.
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Dimanche 16 mai.—Les grands desiderata de ma vie, ont été:—le Clodion représentant une montgolfière, au filet tendu autour du globe aérostatique, chevauché par une centaine d'Amours, poussé par moi, encore au collège, à 500 francs, et qui était à vendre, il y a une vingtaine d'années, chez Beurdeley: 65 000 francs;—la grande tapisserie de Boucher, appelée «la Fête de village», manquée par un retard de voiture, à 800 francs chez Mme Saulière, et qui se vend maintenant 100 000 francs;—une statuette de Saxe, aux chairs d'un rose adorablement pâle, une allégorie de l'Astronomie, représentée par une femme toute nue, regardant le ciel dans un télescope;—un dessin de Watteau, la première idée de LA CONVERSATION, où était représenté M. de Julienne, vendu une soixantaine de francs, à une vente de Vignères;—un dessin de Boucher représentant Madame de Pompadour, dans un faire miniaturé, au milieu d'un large encadrement composé avec les attributs des Arts, de la facture la plus large;—une carpe dressée sur sa queue, en cristal de roche, du ton d'un verre de champagne rosé, et le plus joli et le plus doux feu d'artifice sous un coup de soleil, enfin un bibelot des Mille et une Nuits.