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Dimanche 25 mars.—J'ai la visite de Tabarant qui m'a dédié L'AUBE, et qui habite Conflans. Il nous apprend qu'il est voisin de Carlier, l'ancien préfet de police, avec lequel il va fumer presque journellement une cigarette, et qui lui raconte les choses les plus curieuses. Il lui aurait dit que Maxime Ducamp avait écrit une «Histoire de la pornographie sous la Commune», histoire dans laquelle, il affirme que le général Eudes avait fait fusiller Beaubourg, parce qu'il l'avait trouvé le cocufiant.
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Vendredi 30 mars.—Une nuit telle, que je crois n'en n'avoir jamais passé de pareille dans ma vie, et où l'on comprend les gens qui se jettent par la fenêtre.
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Dimanche 1er avril.—Aujourd'hui trois enterrements: Pouchet, le fils Braine, Mme Zeller. La marchande, chez laquelle ma domestique a été commander une guirlande de roses et de pensées, lui disait: «C'est étonnant comme on meurt dans ce moment-ci!».
Je retrouve en rentrant du cimetière, au Grenier, Rodenbach qui me dit écrire un poème inspiré par sa maladie, où il cherche à peindre l'affinement produit par la souffrance, l'espèce d'étape supérieure, que cela fait monter à notre humanité.
Ce soir, Léon Daudet nous lit quelques morceaux des MORTICOLES. C'est une abondance d'idées, une richesse d'images, de l'horreur, de l'horreur… mais de l'horreur amusante, et un style brisé, plein de vie, au milieu d'une ironie féroce, d'une ironie à la Swift.
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Lundi 2 avril.—Exposition des pastellistes.—Helleu: des pastels où l'on sent un œil de peintre, amoureux de douces étoffes, de tendres nuances passées, de soieries harmonieusement déteintes.—Duez: des fleurs au beau et large dessin, dans leur mollesse et leur rocaille fripée.—Lhermitte: de vieilles rues normandes, au puissant écrasis de pastel, balafrées en leur ombre bleuâtre, de coups de soleil dorés.