Il cause médecine, dit qu'en France un médecin est obligé de faire de la clientèle pour vivre, tandis qu'en Allemagne, le médecin a un traitement qui lui permet de rester à son laboratoire; et laisse un professeur de pathologie tout à ses dissections et à ses travaux micrographiques. Et dans un séjour qu'il a fait à Francfort, il accompagnait, presque journellement, ledit professeur de pathologie, à une dissection particulière. Or—c'est curieux et personnel à la race hébraïque—l'autopsie avait lieu le plus souvent chez un banquier, chez un riche juif de l'endroit, dont les enfants voulaient préserver leur avenir, des maladies de leur père. Et l'autopsie faite, le professeur lisait aux hommes de la famille assemblés, ses notes qui leur disaient: «Attention à tel organe!»
* * * * *
Mercredi 30 mai.—Dîner, rue de Berri, avec la comtesse de Montebello, l'ambassadrice de France à Saint-Pétersbourg, une femme à la joliesse, que rend piquante un grain de beauté, en haut d'une pommette. Spirituellement causante, elle décrit les grandes fêtes de la cour, les Fêtes des Palmiers, où dans un souper de mille personnes, chaque table est dressée autour d'un palmier, dans un luxe de fleurs impossible à imaginer, en un éclat de costumes d'hommes indescriptible, et où l'Impératrice, qui est toute petite, disparaît sous les bouchons de carafe de ses admirables diamants. Des fêtes écrasantes, dit la comtesse.
* * * * *
Jeudi 31 mai.—L'affaire Turpin. Dans les autres siècles, les gens en vedette étaient des créateurs, aujourd'hui ce sont des destructeurs. Tout ce retentissement autour de l'invention de la mélinite, n'est-ce point le corollaire de l'anarchie?
Ce soir, dîner chez les Daudet, en l'honneur de Montesquiou, où l'on ne parle que de la fête donnée hier par lui, à Versailles, et qui, de l'avis de tout le monde, était une merveille. Montesquiou se plaint de n'avoir pu jouir de sa fête, tout occupé de sa préparation et de son montage.
* * * * *
Samedi 2 juin.—Un morceau de journée, passé au Champ-de-Mars, dans les dessins, les estampes, l'art industriel.
Dans ce moment, il y a un curieux effort de la lithographie et de la gravure vers la reproduction de la couleur. Une planche très remarquable est une lithographie de Lunois, intitulée: «Danseuses espagnoles avant la danse.» Une planche du plus grand caractère, échappant à l'imitation japonaise, par l'intensité des tons, le bleu cru du fond, le jaune, le rouge franc des robes, les noirs d'ombre nocturne, en pleine figure.
Dans les objets de l'art industriel, l'étain en pleine résurrection. Des reliures de Wiener de Nancy, des reliures de Prouvé, le peintre, dont l'une: «Mélancolie d'Automne» représente sur une peau, couleur de feuille morte, et en relief, le recroquevillement des feuilles sèches dans cette saison, sur les chemins.