Dimanche 10 juin.—Rodenbach nous cite, à propos de sa pièce, des mots entendus par lui ou sa femme, dans les corridors.
—Cette pièce est triste, disait celui-ci.
—Oui, répondait celui-là… mais, n'est-ce pas, on ne peut pas toujours entendre des cochonneries.
—Ne trouvez-vous pas cette pièce lugubre? disait l'un.
—Oh! moi, répondait l'autre, ça ne m'a rien fait, je suis en deuil!
Au sujet, de LA MAISON TELLIER, Toudouze contait qu'à l'enterrement de Maupassant, se trouvant dans la même voiture, que Hector Malot, celui-ci lui avait appris que c'était lui, qui avait donné l'épisode de la chose à Maupassant, mais qu'il avait gâté ce qu'il lui avait raconté, en terminant la nouvelle par une fête, tandis que la matrulle avait dit à ses femmes: «Et ce soir, dodo toute seule!»
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Mardi 12 juin.—Exposition des Champs-Élysées. Ah! la pauvre peinture, ou durement noire ou fadement porcelainée… Oui, je n'ai remarqué qu'une toile qui soit la peinture d'un vrai peintre, je n'ai remarqué que le tableau de l'Anglais Orchardson, ayant pour titre «l'Énigme» et représentant, assis sur un canapé, une femme et un homme en costume de l'Empire, qui ont l'air de se bouder. C'est peint dans un délavage d'huile ambrée, où les couleurs ont quelque chose des couleurs amorties d'insectes, pris dans un morceau d'ambre, et des accessoires, si joliment enlevés d'une touche à la fois spirituelle et flottante.
Non vraiment, tout le grand art a l'air de déménager dans l'art industriel, et l'art industriel est tout l'intérêt de cette exposition. C'est de Ledru une cruche en étain d'un très grand format, dont l'anse est faite de l'accrochement des bras d'une naïade au bord du vase, et dont les jambes s'en vont dans l'air, à la dérive sur le dos d'un dauphin, tandis que dans le bas de la cruche, une autre naïade flotte au-dessus d'une vague, les mains enfoncées dans sa chevelure. Oh! l'étain est tout à fait triomphant, et je crois que son emploi va avoir une action sur la sculpture, et forcer le marbre, la pierre, le bronze, à lutter avec le flou de cette matière.
C'est de Rispal, un médaillon en cire de couleur, représentant sainte Cécile, un médaillon d'un caractère artistiquement étrange, avec, sur un fond de brun rouge, sa tête de délicate Nubienne, et à travers le pétrissage de cette grasse matière, colorée fauvement, seulement le brillant de l'or d'un nimbe, l'éclair d'argent d'un ruban qui enferme sa chevelure.