Jeudi 4 octobre.—Meunier m'apporte aujourd'hui des reliures, aux gardes faites avec des soieries anciennes, ramassées par moi, à droite, à gauche. C'est vraiment une ornementation de livres très charmante, et une collection de volumes ainsi agrémentés, a encore le mérite d'être un album d'échantillons de robes du dix-huitième siècle.
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Mercredi 10 octobre.—Aujourd'hui, à Saint-Gratien. M. d'Ocagne conte spirituellement le dîner Louis XI, organisé par Loti, à Rochefort, et où il a assisté avec sa femme, en compagnie d'une trentaine de personnes. Il nous peint le côté amoureux de travestissement chez l'écrivain, dont la vie est un perpétuel carnaval, avec sa chambre bretonne, où il s'habille en Breton, avec sa chambre turque, où il s'habille en Turc, avec sa chambre japonaise, où il s'habille en Japonais.
Pour ce repas, il avait fait venir un cuisinier de Paris, et tous les jours, pendant un mois, à l'effet de le faire rétrograder dans la cuisine, d'il y a quatre siècles, il lui avait fait cuisiner un plat, d'après le VIANDIER de Taillevent. À ce repas, on devait parler le vieux français, des CONTES DROLATIQUES de Balzac, à défaut de l'autre, et on mangea avec ses doigts, sur des assiettes faites d'une miche de pain, coupée par moitié. Deux choses, dans cette restauration de la mangeaille archaïque, empoisonnèrent le bonheur de l'amphitryon: le speach de Mme Adam, qui ne fut pas dans le français demandé, et une malheureuse invitée, qui commit l'anachronisme de dîner, dans une cotte de peluche.
Enfin la couleur locale fut poussée à ce point, qu'un fou armé de sa marotte, sortit, à un moment, d'un pâté, et qu'à la fin, on jeta les assiettes du repas à d'authentiques mendiants de la Charente-Inférieure, que Loti avait fait costumer, en mendiants du XVe siècle.
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Vendredi 12 octobre.—Cette mode de la femme, de n'avoir plus autour de la figure, le liséré blanc du linge, met de la pauvreté dans sa personne. Elle m'apparaît la femme d'aujourd'hui, ainsi que les misérables danseuses des bals de barrières d'autrefois, à deux sous la contredanse.
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Lundi 15 octobre.—Trochu causant de la vérité dans l'histoire, disait à M. Villard: «C'est moi qui ai été chargé, le soir de la bataille d'Isly, de relever le nombre des morts. Il y avait vingt-six morts français, et ce sont ces vingt-six morts, qui ont fait tout le tintamarre de la presse, et le duché du maréchal.»
Il ajoutait que, passant un jour à Mazagran, il avait voulu se rendre compte par lui-même, de la vérité. Or, les Français étaient derrière les murailles d'un Fort, avaient des provisions et des munitions pour trois mois, et se trouvaient en présence d'ennemis mal armés, qui n'avaient ni canons, ni échelles. À Mazagran, il y eut deux tués dans la fusillade, et un troisième, qui mourut des suites de ses blessures.