Sur la paroi de gauche, sont exposés: LE CHAT MALADE de Watteau, cette spirituelle eau-forte de Liotard, avec seulement quelques rentraitures de burin: eau-forte mettant en scène l'«Alarme d'Iris» et contre l'opulent sein de la grasse fillette, la tête rebiffée de Minet, auquel un médecin ridicule du théâtre italien tâte le pouls;—les deux bandes du SPECTACLE DES TUILERIES, ces deux eaux-fortes où Gabriel de Saint-Aubin montre toute sa science du dessin, dans la représentation microscopique des promeneurs et des promeneuses de la grande allée, en 1762;—le SUNSET IN TIPPERARY (le Coucher du Soleil en Irlande), l'estampe que je regarde comme une des plus remarquables eaux-fortes modernes, et où Seymour Haden, qui retrouva le noir velouté de Rembrandt, a pour ainsi dire, imprimé, sur une feuille de papier, la mélancolie du crépuscule.
Sur la paroi de droite, sont trois eaux-fortes de mon frère: le portrait de Raynal, d'après le La Tour de la collection Eudoxe Marcille, une de ces eaux-fortes que mon frère griffait en deux heures, et qui, un moment, lui avaient donné l'idée de graver toutes les préparations de Saint-Quentin;—LA LECTURE de Fragonard, d'après le bistre du Musée du Louvre;—une tête d'homme de Gavarni, d'après un croquis, dessiné avec un cure-dent, où le trait avachi du dessin est rendu par des pâtés d'un noir sans éclatements.
Dans la grande pièce, sur les deux battants de la porte d'entrée, deux vues de la nuit éclairée par la lune: l'un de ces kakémonos, signé Yôsaï, n'est qu'un reflet de l'astre dans une eau obscurée, au-dessus de laquelle pendent quelques brindilles lancéolées; l'autre, signé Buntchô, représente, sur un ciel éteint, une pleine lune, sur laquelle montent des tiges de graminées aux fleurs bleuâtres et rougeâtres, dans les vagues et délavées couleurs, que fait la lumière lunaire.
De petits corps de bibliothèques, de la hauteur d'un mètre et demi, sont adossés au mur: l'un contient, sauf quelques brochurettes, toute l'œuvre de Balzac en éditions originales, cartonnées sur brochure. Plusieurs de ces volumes portent des envois d'auteur. L'exemplaire des MARTYRS IGNORÉS, provenant de la vente Dutacq, est l'épreuve corrigée de ce: Fragment du Phédon d'aujourd'hui. Il se trouve une autre épreuve de: La Femme comme il faut, l'article publié dans LES FRANÇAIS PEINTS PAR EUX-MÊMES, avec le bon à tirer de B, terminé par un paraphe en tortil de serpent.
Les trois autres corps de bibliothèque renferment des éditions originales de Hugo, de Musset, de Stendhal, mêlées à des éditions originales de contemporains, imprimées sur des papiers de luxe, et contenant une page du manuscrit donné à l'impression. Ainsi les volumes de Daudet, de Zola; ainsi le volume de Renan: SOUVENIRS D'ENFANCE; ainsi le volume de MADAME BOVARY, renfermant une page du pénible manuscrit, toute biffée, toute raturée, toute surchargée de renvois: page donnée par Mme Commanville; ainsi le MARIAGE DE LOTI, contenant la page manuscrite de la dernière lettre de la désolée Rarahu; ainsi l'édition des DIABOLIQUES, de Barbey d'Aurevilly, illustrée d'une page de sa mâle écriture en encre rouge, au bas de laquelle il a jeté une flèche, encore tout imprégnée de poudre d'or,—et au milieu lieu de tous ces imprimés, dévoilant un petit morceau de l'écriture des auteurs, le livre de MA JEUNESSE, de Michelet, contenant, à défaut d'une page du manuscrit, un devoir du temps de son adolescence, sur Marius, en marge duquel, le grand historien a écrit: «M. Villemain m'encouragea vivement, et je pris confiance.»
Un cinquième corps de bibliothèque réunit presque tout entier l'œuvre de Gavarni, qui compte, dans cette collection, près de six cents épreuves avant la lettre. Il est surmonté d'une vitrine, où sont exposés cinq volumes reliés par de grands relieurs.
C'est un exemplaire de MANETTE SALOMON, décoré, sur les plats de la couverture, de deux émaux de Claudius Popelin, représentant la Manette, sur la table à modèle, vue de face, vue de dos.
C'est une réunion de tous les articles écrits sur la mort de mon frère, avec, en tête, les lettres d'affectueuse condoléance de Michelet, de Victor Hugo, de George Sand, de Renan, de Flaubert, de Taine, de Banville, de Seymour-Haden, etc., portant, sur un des plats de la reliure, le profil de mon frère, précieusement dessiné par Popelin, dans l'or de l'émail noir.
C'est une HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, dont la reliure de Lortic, est composée d'un semis de fleurs-de-lis d'or, au milieu duquel est encastrée une médaille d'argent, frappée pour son mariage, où se lit: Maria Antonia Gallia Delphina, médaille de la plus grande rareté.
C'est un exemplaire des MAITRESSES DE LOUIS XV, la dernière reliure de Capé, faite en imitation des riches reliures à arabesques fleuronnées du siècle dernier.