Tous ces livres portant notre E.J. ciselé sur la tranche, qui est l'ex libris original, que nous avions inventé, pour les livres sortis de notre collaboration.

C'est: la FEMME AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, un exemplaire de l'édition illustrée chez Didot, avec la reproduction des tableaux, dessins, estampes du temps, où du sanguin maroquin du Levant, se détache un Amour en ivoire, jouant des cymbales: un Amour d'un gras merveilleux, n'ayant pas la sécheresse des ivoires modernes.

C'est enfin: l'ART du DIX-HUITIÈME SIÈCLE, un exemplaire de la première édition, publiée en fascicules, et dont mon frère grava les eaux-fortes, un exemplaire dans une reliure exécutée par Marius Michel, sur mon idée, avec l'enlacement d'un lierre aux feuilles en fer de lance, et d'une branchette pourpre de momichi de mon jardin: reliure entaillée dans le cuir, coloriée dans la couleur des feuillages reproduits, et où, d'un rinceau formé de l'enchevêtrement des deux plantes, l'artiste relieur a contourné un grand G.

Au-dessus sont suspendus deux compotiers de Saxe, aux élégantes gaufrures de la pâte blanche, aux fleurs peintes en camaïeu bleu, et entre les deux compotiers, un plat ovale de Louisbourg, au bord délicatement ajouré, et au milieu duquel éclate une tulipe violette.

Puis encore au-dessus, des médaillons de Nini, ces gracieuses et coquettes demi rondes bosses des grandes dames du XVIIIe siècle, dans le relief amusant des fanfreluches de leurs toilettes, et où se trouve le médaillon de SUZANNE JARENTE DE LA REYNIÈRE (1769), qui est son chef-d'œuvre, par la fine découpure du profil, le tortillage envolé des boucles de cheveux, la ciselure du tuyautage d'une guimpe, cachant l'entre-deux des seins de la femme décolletée. Et au milieu des Nini, une tête de femme, au nez retroussé, au ruban courant dans la frisure des cheveux, et se détachant en blanc sur le fond bleu, papier de sucre des Wedgwood, passe pour un portrait de Mme Roland, et encore, grand comme une pièce de cent sous, en biscuit pâte tendre de Sèvres, un médaillon de Marie-Antoinette, dont la finesse du modelage peut lutter avec le travail des camées antiques.

Entre ces médaillons est suspendu le bistre original de Fragonard, dont la plaisante composition a été vulgarisée par l'aquatinte de Charpentier, sous le titre: LA CULBUTE. Un jeune paysan, dans sa précipitation à embrasser son amoureuse, culbute le chevalet du peintre, devant lequel elle est en train de poser.

Le bistre de Fragonard est dominé par une sensuelle académie de femme couchée, vue de dos, une jambe allongée, l'autre retirée sous elle. Ce Boucher est bien le Boucher français, et fait contraste avec deux autres, qui font connaître, l'un un Boucher italien, l'autre un Boucher flamand. Le premier, à l'élégance d'un corps du Primatice, montre la femme les bras croisés au-dessus de la tête, et hanchant, appuyée à un cippe, où tourne une ronde d'Amours; le second, c'est le plein d'un corps vu de dos, bien en chair, capitonné de fossettes, et qu'on pourrait prendre pour une étude de Rubens.

Et j'ai oublié deux dessins français, couronnant deux corps de bibliothèque:

L'un de Fragonard, une de ces solides gouaches jouant l'huile, où dans la tourmente blafarde d'un ciel orageux, éclate le coup de pistolet d'une jupe rouge de paysanne.

L'autre, un dessin aux deux crayons, n'est qu'une contre-épreuve de Watteau, mais ils méritent vraiment d'être encadrés,—ces doubles du dessin original, un rien atténués dans les valeurs,—quand ils sont du grand maître français, et ne payait-on pas dans le siècle dernier, à la vente de Mariette, des mille francs, des contre-épreuves de Bouchardon? Cette contre-épreuve, qui vient de la vente Peltier, représente une femme vue de dos, retroussant d'une main par derrière sa jupe aux plis de rocaille, à côté d'une amie allongée sur le rebord d'une terrasse, où elle s'appuie de la main gauche, tandis qu'elle fait un appel de la main droite, à la cantonade.