«Vous me faites l'honneur de me demander de présenter en quelques lignes au public, votre œuvre. Je le fais avec grand plaisir, ne me cachant pas cependant la difficulté grande, à bien parler de vos pointes-sèches, à la fois si légères et si colorées, vos pointes-sèches d'une égratignure sur le cuivre, si artiste.
«Votre œuvre, c'est d'après le cher modèle, qui prête la vie élégante de son corps à toutes vos compositions, une sorte de monographie de la femme, dans toutes les attitudes intimes de son chez-soi—dans le renversement las de sa tête, sur un fauteuil; dans son agenouillement devant le feu d'une cheminée, avec le retournement de son visage contre le chambranle, et la fuite contournée du bas de son corps; dans une rêverie, qui lui fait prendre dans la main la cheville d'une jambe croisée sur l'autre; dans une lecture, avec le défrisement d'une boucle de cheveux le long de sa joue, quelque chose d'interrogateur au bout du nez, une bouche un rien entr'ouverte, où il y a comme l'épellement heureux de ce qu'elle lit; dans le sommeil, où de l'enfoncement dans l'oreiller, émerge la vague ligne de deux épaules, et un profil perdu, au petit nez retroussé, à l'œil fermé par de noirs cils courbes.
«Et si la femme, ainsi représentée dans son intérieur, sort de chez elle, regardez-la, sur cette merveilleuse planche: «La femme devant les trois crayons de Watteau, du Louvre», regardez-la, une main sur une ombrelle, avec toute l'attention de sa séduisante et ondulante personne, penchée sur les immortels dessins de la vente d'Imécourt.
«Non, je ne sais vraiment pas un autre mot pour les baptiser, ces pointes-sèches, que de les appeler les Instantanés de la grâce de la femme.»
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Samedi 2 février.—À une lettre de Huret, qui se met à ma disposition, pour répondre directement ou indirectement à Talmeyr, dans le Figaro, je réponds par ce billet:
«Cher monsieur, je vous remercie de votre offre. J'ai pour principe de ne pas répondre. On m'accuserait d'avoir assassiné mon frère—ce qui arrivera peut-être un jour—que je me tairais. Je laisse au temps à faire justice, de ce qu'il y a de vrai ou de faux, de juste ou d'injuste, dans les attaques dirigées contre ma littérature et ma personne.»
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Dimanche 3 février.—Ce soir, on disait que la gauche poignée de main, qui se donne en tierce, avec le coude retourné contre le corps, vient des poignées de main, données par le prince de Galles, pendant un rhumatisme qu'il avait à l'épaule. La mode du triste enfermement du cou des femmes, viendrait également des fanfioles, avec lesquelles la princesse de Galles cacherait des humeurs froides. Et ces modes, déjà enterrées à Londres, seraient adoptées par nous, ainsi que les modes de Paris, le sont par la province attardée.
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