Puis le discours attendu de Clemenceau, le discours éloquent, où il montre le chevalier de Marie-Antoinette, arrivé par l'amour de la beauté, de la vérité, à devenir l'apologiste d'une Germinie Lacerteuse, d'une fille Élisa, qui devaient être des femmes de la tourbe qui accompagnaient la reine à l'échafaud; discours se terminant par ces hautes paroles:

«Le paysan retourne le sol, l'ouvrier forge l'outil, le savant calcule, le philosophe rêve. Les hommes se ruent en des chocs douloureux pour la vie, pour l'ambition, la fortune ou la gloire. Mais le penseur solitaire écrivant, agissant, fixe leur destinée. C'est lui qui éveille en eux les sentiments engendreurs des idées, dont ils vivent, et qu'ils s'efforcent de fixer en réalités sociales. C'est lui qui les pousse à l'action, aux grandes réparations d'équité, de vérité…

«Avoir été pour un jour, pour une heure, l'ouvrier d'une telle œuvre, suffirait à la gloire d'une vie. Qu'à ce titre les Goncourt soient salués par nous.»

… Puis c'est le discours de Céard, le discours attendri de Céard, sur le vieux passé de nos relations littéraires.

Puis le délicat morceau littéraire de Henri de Régnier.

À Henri de Régnier succède Zola, qui avoue loyalement que sa littérature nous doit quelque chose, et lui qui s'apprête à faire ROME, veut bien rappeler: MADAME GERVAISAIS.

Après Zola, Daudet fait le discours de l'ami intime, un discours, tout plein de tendresse.

… «On a bu à l'homme illustre, à Goncourt romancier, historien, auteur dramatique, écrivain d'art. Moi je voudrais boire à mon ami, au compagnon fidèle et tendre, qui m'a été bien bon, pendant des heures bien mauvaises. Boire à un Goncourt intime, que nous sommes quelques-uns à connaître, cordial et doux, indulgent et naïf, un naïf aux yeux aigus, incapable d'une pensée basse, et même d'un mensonge dans la colère…»

Je me lève alors et dis:

«Messieurs et chers confrères de l'art et de la littérature,