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Jeudi 7 juillet.—Aujourd'hui on m'apporte le médaillon de mon frère, que je substitue sur le balcon du boulevard Montmorency, au médaillon de Louis XV, de Caffieri, et j'ai un sentiment de bonheur, à voir cette maison, où est mort mon frère, portant sur sa façade, comme une jolie signature des Goncourt.
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Jeudi 14 juillet.—L'aide injecteur de Brown-Séquard disait, que les cobayes s'épuisant, on avait songé aux testicules des taureaux, mais qu'on avait appris que les toréadors les mangeaient, pour se donner de la vigueur et du jarret. Et je pensais en moi-même, aux effets littérairement et peut-être physiquement fantastiques, que pourraient produire chez les humains l'injection de testicules de féroces, l'injection de lions, l'injection de tigres.
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Samedi 16 juillet.—Dans les quelques tours, que fait Daudet à mon bras, avant déjeuner, il me parle de lettres de sa jeunesse retrouvées, et où, en 1859, dans un Midi reculé, loin de toute suggestion littéraire, il écrivait à son frère qu'il n'y avait en littérature que le roman, mais qu'il ne se trouvait pas encore assez mûr, pour s'y mettre. Il ajoutait: «Cependant, j'en avais fait un à quinze ans qui s'est perdu, mais qui était imbécile… ce qu'il y a de certain, c'est que la première chose que j'ai faite, je l'ai tirée de moi-même.»
Puis au bout de quelques instants de silence, il reprend: «C'est vraiment curieux, chez moi, depuis 1858—je ne vous connaissais pas—ce sont de petits cahiers, ce sont des notes jetées, au jour le jour, certes moins poussées que les vôtres, mais enfin c'est le même procédé de travail. Eh bien, chez les jeunes, au moins chez ceux que nous connaissons, je ne vois aucun procédé de travail particulier, personnel.»
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Jeudi 21 juillet.—Dans le rêve, chez les figures hostiles, le côté sournois, astucieusement méchant, le jésuitisme des physionomies, c'est extraordinaire; non, ce n'est plus la pleine lumière des haines du jour, ça en est, pour ainsi dire, les ténèbres et la grisaille.
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