Zola reprenant brutalement: «Il ne s'agit pas de couleur… ici, c'est un remuement des âmes qu'il faut peindre… Eh bien, oui, ce spectacle m'a empoigné de telle sorte que, parti pour Tarbes, j'ai passé, deux nuits entières, à écrire sur Lourdes.»

Puis dans la soirée, il parle de son ambition de pouvoir parler, des essais qu'il fait de sa parole, jetant à sa femme, comme avec un coup de boutoir: «Des romans, des roman», c'est toujours la même chose!» Et il s'écrie après un silence, qu'il n'a pas la faculté de la parole, qu'il n'éprouve pas la jouissance de l'inspiration, qu'il est gêné par la peur des choses communes… laissant apercevoir le désir passionné de greffer sur son talent, pour la complète réussite de sa carrière, l'éloquence d'un Lamartine, et de doubler sa littérature, de la publicité d'un homme politique.

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Vendredi 29 juillet.—Je lis les CONVERSATIONS DE GŒTHE, par Eckermann, et je trouve que l'écrivain allemand divisait l'humanité en deux classes: les poupées, jouant un rôle appris, et les natures, le petit groupe d'êtres, tels que Dieu les a créés.

Daudet confessait, qu'après le four de LISE TAVERNIER à l'Ambigu, il avait été drôle comme tout, à un souper distingué, original, qu'avait donné son beau-père, mais après, quand il s'était trouvé tête à tête avec sa femme, il avait été pris d'une crise de nerfs, et, ma foi, qu'il avait pleuré, pleuré comme un enfant.

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Samedi 30 juillet.—Comme nous félicitions de notre jugeotte des hommes et des femmes, à première vue—faculté que nous trouvons n'appartenir guère qu'à nous seuls dans notre monde, Daudet me disait: «C'est très curieux; moi les gens, je les juge par le regard, par l'observation… Vous c'est par une espèce d'intuition de l'ambiance

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Jeudi 11 août.—Alfred Stevens est venu dîner, avec sa jolie fille, aux yeux si tristement charmants.

Et depuis quatre heures jusqu'à six heures, ç'a été, chez l'artiste, un jaillissement d'amusantes anecdotes sur les littérateurs, les peintres, et gens de toute sorte, coupées par son grognement habituel.