«C'est moi, dit-il, qui ai apporté MADAME BOVARY chez les Dumas. Dumas fils m'a dit: «C'est un livre épouvantable!» Quant à Dumas père, il a jeté le livre par terre, en disant: «Si c'est bon cela, tout ce que nous écrivons depuis 1830, ça ne vaut rien!»
Et il passe aux curieux dîners, au restaurant du Havre, entre Corot, Rousseau, Millet, Diaz, Couture, et raconte ceci: «Couture vint, un jour, me chercher pour dîner, me chercher dans ma petite chambre d'alors, et comme je lui disais: «Vous êtes triste, aujourd'hui, Couture?—Oui, me répondit-il, je sens que je ne suis pas un peintre, je peins avec mon cerveau, pas avec mon cœur… Je ne sais, si vous l'avez connu, Couture… C'était un petit ratatiné frileux, ayant toujours sur le dos un collet de manteau, et Diaz, qui était plein d'esprit, plein d'une imagination drolatique, disait, en le voyant déboucher: «Voici le champignon vénéneux!»
De Couture, il saute à un amphitryon belge, à un célèbre gourmand de Bruxelles, qui a inventé dans sa salle à manger, un courant d'air, faisant uniquement le service d'enlever l'odeur des mets, et qui veut des conversations à l'instar du plat qu'on sert, du plat qu'il baptise de plat grivois ou de plat philosophique.
Ah! s'écrie-t-il, à un moment, un mot admirable du fils Meissonier, enfant. Pendant une récréation, il s'était couché sur un banc. Un pion craignant qu'il ne s'ennuyât, lui dit: «Mon petit ami, si vous alliez jouez avec vos camarades, là-bas?—Oh non, monsieur, la récréation me paraîtrait moins longue!»
Ce mot profond amène dans la conversation, la légende du Professeur de paresse, une légende, que Daudet a entendu raconter en Afrique. Un garçonnet aspirant à être reçu bachelier de cette école, est amené par sa mère au professeur, qui a sa chaire, dans un jardin chargé de fruits. Une brise s'élève, et les fruits commencent à tomber. Alors une figue tombe sur la joue de l'enfant, qui ne consent à faire aucun mouvement des bras pour la prendre, mais cherche à l'attirer seulement avec sa langue: ce qui ne réussissant pas, décide le garçonnet à dire au professeur, de la mettre dans sa bouche.
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Dimanche 14 août.—Dépêche de Royat m'annonçant, que CHARLES DEMAILLY, la pièce faite d'après mon roman par Oscar Méténier et Paul Alexis, est reçue par Koning.
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Mercredi 17 août.—Dans le chemin de fer pour Saint-Gratien, au moment où les journaux annoncent un mieux dans l'état de Maupassant, Yriarte me fait part d'une causerie qu'il vient d'avoir, ces temps-ci, avec le docteur Blanche.
Maupassant colloquerait, toute la journée, avec des personnages imaginaires, et uniquement des banquiers, des courtiers de bourse, des hommes d'argent. Le docteur Blanche ajoutait: «Il ne me reconnaît plus, il m'appelle docteur, mais pour lui, je suis le docteur n'importe qui, je ne suis plus le docteur Blanche.» Et il faisait un triste portrait de sa tête, disant qu'à l'heure présente, il y a la physionomie du vrai fou, avec le regard hagard et la bouche sans ressort.