La sonnette du théâtre coupe la monographie de mon collaborateur.
Premier acte, froid, très froid. Duflos fortement enrhumé.
Second acte. La scène d'amour conjugal qui remplit l'acte, scène un peu artificielle, joué par l'actrice artificielle qu'est Sizos, n'a pas d'action sur le public.
Troisième acte. À cet acte qui est vraiment le premier acte de la pièce, la salle prise, et le commencement des applaudissements.
Le quatrième acte, l'acte se passant au journal le Scandale, l'acte, où l'on devait culbuter la pièce, c'est un triomphe.
Je suis dans la petite loge de Koning, sur le théâtre. Il ne peut se tenir de crier: «Je me fous d'eux!» et il me serre les mains, comme on les serre à une maîtresse.
Enfin au dernier tableau, les acteurs sont couverts d'applaudissements, et surtout Duflos, qui joue d'une manière tout à fait supérieure sa scène de la folie, qui joue toute la pièce, au dire de Havet, comme il n'a jamais joué dans aucune pièce.
Je quitte le théâtre, après que Koning m'a donné connaissance du rapport du contrôle: «Les journalistes sont furieux, Kerst ne fera pas d'article.»
* * * * *
Jeudi 22 décembre.—Oh le théâtre! Dans la joie d'avoir triomphé, dans la certitude de cent représentations voici que je rencontre Alexis et Méténier qui me disent que la pièce ne fait pas d'argent, qu'elle fait, en ces premiers jours, des 1800 francs, ce qui n'est jamais arrivé, après un succès. Il y a incontestablement une réunion de malheureuses chances, la mauvaise presse, la politique la guigne du théâtre, et peut-être pour moi la guigne de ce mois décembre, où mon frère et moi, avons été poursuivis en police correctionnelle, où HENRIETTE MARÉCHAL a été jouée, où j'ai eu, en ces dernières années, une fluxion de poitrine, à la suite de laquelle je suis resté bronchiteux.