Jeudi 25 février.—Hier, j'ai passé la soirée avec Mme de…, cette célébrité de la beauté parisienne.

Sous l'envolement de cheveux blonds d'une nuance adorable, des yeux étrangement séducteurs, des yeux qu'une cernure artificielle aide à faire apparaître, dans la nuit de l'arcade sourcilière, comme des diamants noirs, un petit nez du dessin le plus précieux, avec l'ensemble de traits et de contours délicats, délicats, et un cou frêle sortant d'une robe de velours rouge, enfin une figure réalisant le joli dans toute sa grâce menue. Elle évoque chez moi le souvenir du pastel de la Rosalba représentant cette svelte et mignonne femme de la Régence, un singe sur le bras.

Et dans le joli de ce visage, cependant quelque chose de fatal. La femme d'un de nos auteurs en vedette, un peu dépitée de l'admiration de son mari pour sa beauté, l'appelle «une héroïne de roman du Petit Journal». La dénomination est caricaturale, toutefois il faut reconnaître qu'il y a parfois de l'acier dans son regard, dans sa voix.

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Dimanche 28 février.—Ce soir, chez Rodenbach, on causait valse, et je soutenais que les peuples qui sont des peuples valseurs, sont des peuples, où le patinage est une habitude. Les Françaises valsent, le corps tout droit, tandis que les Hollandaises et les autres femmes des pays du patinage, valsent avec ce penchement, cette courbe en dehors d'un corps courant sur la glace.

Stevens parlait dans un coin du salon; de l'effrayant avalement de bière et d'alcool, de Courbet consommant trente bocks dans une soirée, et prenant des absinthes, où il remplaçait l'eau par du vin blanc.

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Mardi 1er mars.—Une carte de Daudet me disant: que Porel sort de chez lui, et qu'on répète GERMINIE LACERTEUX dans deux jours.

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Mercredi 2 mars.—Causerie sur un bal original, qui a eu lieu hier chez Mme Lemaire: un bal, où s'est faite l'inauguration de costumes en papier, costumes plus riches, plus brillants, plus claquants que les costumes de soie et de satin, et qui me rappelaient le costume en papier, que s'était peint, je ne sais quel peintre flamand du XVe siècle, et qui éclipsa tous les brocards de la fête. Ganderax, qui y figurait avec un bonnet d'âne et une blouse, ayant dans le dos le mot: Paresseux, me disait: «C'est singulier, la différence des races septentrionales et méridionales: moi, un septentrional, quand j'entre dans un bal, où il y a des masques, je suis pris d'une tristesse, d'une tristesse… tandis que ma femme, qui est une Italienne, toute seule dans sa chambre, mais un costume sur le dos, se mettrait à danser.