—Tu me quittes déjà?… Encore un quart d'heure… Tiens! dix minutes, rien que dix minutes…
—Non, je t'assure… je vais te dire… Il y a une heure que je devrais être parti… Tu vas comprendre… figure-toi qu'il y a trois jours que maman a cassé ses lunettes… Voilà trois jours qu'elle ne peut rien faire, ni travailler, ni lire… J'ai eu seulement ce matin de quoi lui en commander… je dois les prendre en route… Elle m'attend comme ses yeux, tu penses…
—Toi?—dit Coriolis en se décidant à lui lâcher le bras.—Et bien ça ne fait rien…
Il s'arrêta et le regarda.
—Tu es tout de même bien heureux!…
CL
Puis Coriolis disparut. Anatole ne le revit pas. Deux mois se passèrent sans qu'il le trouvât à la porte du palais de l'Industrie. Il ne savait ce qu'il était devenu, lorsque, par un jour d'octobre, il fut étonné d'être accosté par lui, à sa sortie.
—Tiens! te voilà?—fit-il.—Y a-t-il longtemps!…
—Oui, il y a longtemps… très-longtemps…—dit Coriolis lentement, comme si lui seul, dans sa vie, pouvait mesurer la longueur douloureuse du temps.
En passant sous son bras le bras d'Anatole, en lui retenant amicalement la main dans la sienne: