Il y a trois questions:
La question littéraire;
La question politique;
La question personnelle,—ou plutôt la question sociale.
La question littéraire!—Celle-là, laissons-la de côté, nous y reviendrons plus tard. Mais aujourd'hui, il serait niais de discuter, de répondre, de se défendre, à propos d'art, quand cinquante sifflets d'omnibus écrasent tous les soirs une pièce que la salle veut écouter, quand une petite fraction des écoles[22] couvre de la tyrannie de son goût et de la révolte de ses pudeurs les applaudissements des loges, de l'orchestre, des femmes de la société, des hommes du monde, du public élégant, intelligent et lettré de Paris. Non, pas de discussion. Nous nous inclinons devant nos maîtres, devant les maîtres de l'Odéon devenus les maîtres du Théâtre-Français et que nous espérons bien voir demain les maîtres de toutes les scènes, y décidant la chute de ce qui leur déplaira, empêchant les avenirs dont ils ne voudront pas, et tuant, du haut des cintres, toute pensée qu'ils voudront tuer, par-dessus la tête du public et la plume de la critique[23]!
La question politique?—Vidons-la nettement pour n'avoir plus à y revenir.
On dit, on imprime même, qu'on siffle notre pièce parce que le gouvernement l'a fait jouer, parce que la princesse Mathilde l'a imposée au Théâtre-Français, parce que nous sommes des «protégés», des courtisans.
Nous, des protégés! Nous, les seuls hommes de lettres qu'on ait fait asseoir, en 1852, entre des gendarmes, sur les bancs de la police correctionnelle, pour délit de presse! Nous, auxquels le ministère de la police d'alors donnait l'avertissement de ne plus écrire dans les journaux!…
Nous, des courtisans!… Mais qui sommes-nous donc? Rien que des artistes qui n'ont jamais appartenu à un parti. Si nos études nous ont donné un peu de justice, et quelquefois un peu de regret pour le passé, nous croyons que nous avons montré dans nos livres historiques assez d'indépendance pour mécontenter toutes les opinions; et nous avons cette conscience que nos romans se sont assez intéressés aux misères populaires du présent, et aux larmes des pauvres.
Arrivons à ce grand crime que nous lisons partout et qui a rempli tous ces jours-ci de circulaires le quartier Latin: la protection de la princesse Mathilde.