————Je suis revenu ce soir, de Saint-Gratien, avec Primoli, et nous causions en chemin de fer, des cruels moments qu'on passe avec les êtres, dont l'intelligence est entamée, nous parlions de ces désespoirs énervés, de ces colères intérieures, de ces fuites de la maison, à la suite desquelles on bat la campagne, en coupant les fleurs avec sa canne!… et nous confessions, en même temps, les tendresses maternelles qui vous viennent pour ces pauvres créatures, nous rendant si malheureux.

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————-Ces épouvantables chaleurs m'enlèvent toute activité, tout ressort, toute faculté d'accomplir n'importe quoi. Comme en un pays de la soif, je ne songe qu'à boire, et gonflé d'eau rougie, je passe la journée sur mon lit, dans une somnolence qui est comme un demi-évanouissement. Et tard, bien tard, très tard, quand je me lève pour aller manger, mal éveillé, quelque chose dans un restaurant quelconque de Paris, il me semble à moi-même, que je suis un somnambule qui dîne.

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Vendredi 27 juin.—Ce soir, un général étranger racontait, qu'avant 1866, Bismarck lui parlant de ses projets et faisant allusion au Roi, son maître, dans une langue bien irrespectueuse, lui disait: «Je conduirai la charogne au fossé, il faudra bien qu'elle le saute!»

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Mercredi 9 juillet.—Où l'on retrouve l'amateur. En lisant ces jours-ci les journaux de toutes couleurs, indiquant les précautions qu'il y avait à prendre contre le choléra, je n'ai eu qu'une crainte, non la crainte de mourir, mais la crainte, si je mourais, que mes dessins, mes broderies, mes délicats bibelots, fussent perdus, abîmés, anéantis par la désinfection, faite d'autorité.

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Dimanche 13 juillet.—J'ai des idées particulières sur le choléra. Je crois qu'il vient maintenant en visite chez nous, tous les ans, mais qu'il se produit, seulement, lorsqu'il rencontre certaines conditions climatériques ou atmosphériques, que l'on ignore encore. Les années de choléra, j'ai été frappé par un certain bleu neutralteinte, bleu violacé, qu'il me semble retrouver dans le ciel, cet an. Maintenant je ne sais pas, si le développement du choléra ne correspond avec des malaises de certaines plantes, de certains arbres. Les platanes, cette année-ci, ont une maladie, ne l'avaient-ils pas les autres années de choléra?

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