Mardi 31 mai.—… Messieurs, dit un ancien ministre, vous connaissez la ceinture de chasteté, qui est au musée de Cluny, et peut-être n'êtes-vous pas sans savoir que la fabrication de ces ceintures continue, mais ce que vous ne savez pas, c'est qu'il s'en fabrique pour hommes. Oui, pendant mon ministère, un fabricant a été poursuivi pour l'exposition d'un objet de ce genre. On a vérifié les livres, et, on a trouvé les noms des destinataires. Parmi ces noms, il y avait un homme de la société, que sa femme pendant ses absences, astreignait à porter cette ceinture, dont elle emportait la clef. Je connais cet homme et je l'ai même plaisanté à ce sujet.
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————Oh! la difficulté de la composition maintenant! Il me faut douze heures de travail, pour en avoir trois de bonnes. D'abord une matinée paresseuse occupée par des cigarettes, la rédaction de lettres pressées, la correction d'épreuves, et au bout de cela le retournement de mon plan, que je fais danser sur la table. Après le second déjeuner et une longue fumerie; du papier couvert d'écriture imbécile, du travail qui n'aboutit pas, des enragements contre soi-même, de lâches envies d'abandonner la chose.
Enfin, vers quatre heures, l'entraînement obtenu, et des idées, et des images, et la vision des personnages,—et de la copie presque coulante jusqu'au dîner, jusqu'à sept heures. Mais cela à la condition que je ne sortirai pas, que je n'aurai pas la pensée dérangée, par la préoccupation de la toilette et de l'habillement.
Puis alors jusqu'à onze heures, ce morceau repris, raturé, rapetassé, amendé, corrigé, et enfumé d'un nombre infini de cigarettes.
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Mercredi 8 juin.—La circulation dans Paris, a maintenant quelque chose de la bousculade et de l'effarement d'une fourmilière, sur laquelle on a mis le pied. La multitude allante et venante, c'est presque effrayant. Paris me fait l'effet aujourd'hui de ces Babylones de l'antiquité, dans les dernières années de leur existence.
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Samedi 11 juin.—Ces dîners du samedi, chez de Nittis, sont vraiment charmants.
Quand on entre, on le voit dans l'entre-bâillement de la porte du vestibule, qui vous dit, avec un clappement de langue gourmand, et l'avance d'une main, qu'il n'ose pas vous donner: «Je fais un plat!»