Le revoilà dans la salle à manger, remuant la grande platée de macaroni ou de soupe au poisson. On se met à table, et c'est chez chacun une verve, venant de la sympathie intelligente et de la compréhension à demi-mot des autres; et bientôt d'aimables folies, et des bêtises, et des enfantillages, et des gaietés dans de jolies libertés de langage. Il fait heureux dans la maison.

Puis on passe dans l'atelier, et les yeux amusés par les japonaiseries des murs, et la cigarette à la lèvre, c'est quelque belle musique d'artiste, quelque sonate de Beethoven, vous remuant les dedans immatériels de votre être.

* * * * *

————Merton, le financier, était en proie à une telle agitation nerveuse, produite par le travail de sa cervelle dans le champ des affaires, qu'il couchait dans une chambre où il y avait deux lits, promenant, de l'un à l'autre, une insomnie, que l'opium ne forçait pas au sommeil.

* * * * *

Mercredi 15 juin.—Je vais voir les loges des actrices du Théâtre-Français, pour la construction de la loge de la Faustin.

Elles sont ces loges, de curieuses démonstrations du goût rococo et pictural du mobilier des années présentes, et ressemblent peu, j'en suis sûr, à la loge de Mlle Mars.

C'est la loge de Mlle Lloyd, avec son apparence de boudoir galant, et sa cheminée aux petits chenets dorés, ayant comme milieu une terre cuite, et son plafond aux Amours peints par Voillemot, et ses assiettes de Chine accrochées sur la tenture, et son petit cabinet de toilette aux parois et au plafond de glace.

C'est la loge de la souriante Samary, où c'est comme l'intérieur d'un rapin élégant, un intérieur, au plafond fait d'éventails japonais, attachés sur le châssis-blanc, aux croquis de Forain, au désordre de la toilette.

C'est la loge de Madeleine Brohan, rappelant la chambre bourgeoise d'une femme de 1840, avec son élégance vieillotte, sa perse pauvre, ses photographies encadrées.