Swebach.
Saint-Pétersbourg, ce 26 juillet 1819.
Mon cher Louis,
Je viens d'expédier pour France deux caisses que je t'adresse.
Je prépare tout pour mon retour, malgré que je ne puisse pas encore indiquer l'époque juste, n'étant pas dans un pays où l'on puisse faire toujours ce que l'on veut, et dont il me tarde fort de sortir.
Je m'ennuie beaucoup, mais je me porte un peu mieux et je crois que je pourrai reconduire ma pauvre carcasse en France, et que nous pourrons rire encore quelquefois aux dépens des ultra des deux côtés, étant tout naturel qu'à mon âge on soit tout ventre. En rentrant, je pourrai dire avoir vu de près toute espèce de forme de gouvernement, et pourrai t'en donner des nouvelles.
Chose assez drôle, c'est que dans ce pays, dans le moment, nous sommes entourés de trois forêts qui brûlent, dont la plus éloignée est à deux heures. Ces forêts se sont enflammées par la force et continuité de la chaleur excessive, que nous avons éprouvée ici, depuis plus de six semaines. Elle a été de 35° à l'ombre. Voilà un avantage de ce pays. Les hivers sont longs à la vérité, mais ordinairement secs et vraiment superbes, et l'été court, mais aussi beau qu'en Italie. Ce qui rend le climat pernicieux est la transition subite de la chaleur au froid, ce que j'ai vu arriver quelquefois plusieurs fois dans un jour. La végétation est superbe et d'une rapidité étonnante, et c'est dans ce pays qu'existent les plus beaux jardins à l'anglaise du monde, les nôtres ne sont que des miniatures à côté, en raison de la cherté du terrain, qui ici ne coûte rien.....
Saint-Pétersbourg, 20 janvier 1820.