Madame la marquise de Sabran, tirée du cabinet de Son Altesse royale Monseigneur le prince Henri de Prusse.—Peinte par Mme Vigée-Lebrun, gravée par Berger en 1787.—L'épistolaire dont on vient de publier de si adorables lettres, est assise sur un sofa, les bras croisés, les cheveux ébouriffés et frisés autour d'une tête à la physionomie toute pétillante d'intelligence et d'esprit. Elle est vêtue d'une robe de linon à la grande pèlerine enveloppant sa poitrine de son tuyautement lâche et de flots de linge, au milieu desquels sa taille se dessine avec les souplesses nonchalantes d'une taille de créole. La marquise de Sabran tenait au dix-huitième siècle un salon mi-politique, mi-littéraire, où M. de Ségur lisait son «Art de plaire», où M. de Boufflers cousait des scènes d'à-propos au «Bourgeois gentilhomme», quand la marquise donnait la comédie au prince Henri de Prusse, chez lequel elle se retira pendant la Révolution[26].

L'Hommage réciproque. (Portrait de Mme Augustin de Saint-Aubin.)—Dessinée par Augustin de Saint-Aubin, gravée en noir et en couleur par Gaultier.—La belle et jolie femme qui a servi si souvent de modèle aux compositions amoureuses d'Augustin, l'adorable créature au moelleux profil, à l'œil noir et velouté par de longs cils, aux cheveux blonds frisotés, dont le chignon lâche à la Daphné tombe sur les épaules en grosses torsades, la femme à la voluptueuse gorge, apparaît dans la douce impression en couleur, ainsi que dans le rien rose de chair pâmée, que son mari met dans ses crayonnages. On la voit assise, le fichu tombé, et tenant dans une de ses mains un porte-crayon avec lequel elle dessine un portrait d'homme posé sur un chevalet. Et c'est sans doute un portrait d'elle encore, cette séduisante «Louisemilie, baronne de ***», et un portrait d'elle encore, cette coquette «Adrienne-Sophie marquise de ***» coiffée d'un chapeau noir à la mode, deux portraits qu'on donne généralement pour des portraits de Mme de Boufflers et de Luxembourg. Et ici mon opinion est confirmée par le souvenir d'avoir vu sur le dessin original d'un des deux portraits, vendus chez Renouard, et achetés, je crois, par M. de Janzé, le nom de Mme Augustin de Saint-Aubin écrit en bas. Disons que ces deux portraits, quels qu'ils soient, sont des bijoux, surtout lorsqu'ils sont avant l'adresse et avec le nom du graveur à la pointe; et ajoutons que les deux eaux-fortes de ces portraits, que j'ai eu la bonne fortune de trouver dans le temps chez Sieurin, sont rarissimes, et n'existent pas dans l'œuvre d'Augustin de Saint-Aubin du Cabinet des estampes[27].

«L'innocence reconnue de Marie-Françoise-Victoire Salmon.» Portrait en couleur chez les Campions frères.

DÉDIÉ AUX AMES SENSIBLES ET BIENFAISANTES

Un cœur généreux fut touché de mes peines,

Aux pieds du trône il porta la voix;

Un monarque juste brisa mes chaînes,

Et mon innocence triompha par le Cauchois.

Claudine-Alexandrine Guérin de Tencin, née en 1681, morte en 1749.—Peinte par de Troy, gravée par de Launay.—La meilleure connaisseuse de l'humanité de son temps a des traits fins, finauds, des yeux à l'interrogation perçante, et avec cela une longue physionomie, pâle, étrange, nébuleuse.

Mademoiselle Térouene.—Estampe en manière noire, sans nom de dessinateur et de graveur.—Dans ce portrait, qui pourrait bien être un portrait de pure imagination, Théroigne de Méricourt, les cheveux épars sous une espèce de grand bonnet rouge, la poitrine sortant d'un pierrot débraillé, apparaît avec la robuste et rude beauté d'une harangère-Gorgone.