Anne Vallayer-Coster, de l'Académie royale de peinture et de sculpture, en 1770.—Dessinée par elle-même, gravée par Letellier.—Elle s'est exposée au public avec sa figure maigre, son mince nez courbe, le petit air altier de sa tête, fièrement rejetée en arrière.

Mademoiselle Vanloo.—Dessinée par Carle Vanloo, gravée par Basan.—Une fillette au visage éveillé, le chignon retenu par une grande épingle, tenant dans sa chemise retroussée et découvrant son petit ventre, une grosse grappe de raisins.

Dame Julie de Villeneuve, Vence de St-Vincent.—Peinte par Berthelemy, gravée par Romanet.—Des yeux aux paupières lourdes, un nez tourné à la friandise, une bouche sensuelle; ainsi se montre la petite fille de Mme de Sévigné, avec une chevelure dépeignée, et l'outrageant décolletage d'une robe qui laisse voir et l'ombre de son aisselle et plus que la moitié de ses deux seins.

Marie-Élisabeth-Jean-Baptiste Guyard, épouse de messire Charles-Paul de Bourgevin, de Moligny, de Vialart.—Peinte par Martin, gravée par Fessard.—Un rare portrait d'une brune aux noirs sourcils, à la coiffure en langues de flammes, couverte d'un voile de veuve.

Madame Marie-Louise-Thérèse Victoire de France.—Peinte par Nattier en 1755, gravée par Gaillard, sous l'allégorie de l'Eau.—La quatrième fille de Louis XV, la grasse princesse que le Roi appelait Coche, la bonne et paresseuse personne qui disait en montrant sa bergère: «Voilà un fauteuil qui me perd», Nattier l'a montrée avec sa douce, sereine et pleine figure, en naïade, accoudée sur une urne qui s'épanche, les roseaux d'une rivière derrière elle. Remarquons que c'est presque l'arrangement de la figure mythologique de Nattier, gravée par Melliny et qui a pour titre: «la Belle Source.»

Madame la marqse de V*** (la marquise de Villette).—Dessinée par Pujos, gravée par Lingée.—La femme nommée «Belle et Bonne» par Voltaire, donne à voir une assez laide et brune figure de petite Savoyarde.

Cette étude des portraits de femmes françaises du dix-huitième siècle que je fais aujourd'hui, je voudrais la voir refaire un jour par un jeune érudit, qui, consacrant des années à cette monographie, et lisant tous les livres, et regardant toutes les gravures, et consultant tous les portraits conservés dans les familles historiques, apporterait la certitude à tant d'attributions douteuses, baptiserait d'une manière incontestable les portraits allégoriques de Nattier; dévoilerait peut-être le mystère des deux charmants portraits de Saint-Aubin, désignés par des étoiles; donnerait de vrais noms aux centaines de portraits de Chrétien et de Quenedey dont les répertoires doivent exister quelque part[28]; ferait la lumière dans ces anonymes, comme la petite femme de Boucher qui lit les lettres d'Héloïse et d'Abailard, la femme de Carmontelle qui brode au tambour, et cette autre du même qui est enfoncée dans les aphorismes d'Hippocrate, comme la femme de Cochin qui fait un médiateur; retrouverait enfin, avec la connaissance de toutes les pièces de vers du temps dédiées au «Beau Sexe», le nom de telle ou telle femme, ainsi que pour tel portrait de Houel et de tant d'autres.

Complétons cette étude des portraits des femmes du temps par un travail sur les portraits d'actrices, et commençons par l'Opéra, en faisant suivre le Chant par la Danse.

Sophie Arnould, actrice de l'Académie royale de Musique dans le rôle Zyrphé du ballet de Zélindor.—Peinte par La Tour, gravée par la Richardière.—La spirituelle chanteuse est représentée avec l'éclair de ses beaux yeux implorants, dirigés vers le ciel, avec cette bouche entr'ouverte et douloureuse sur laquelle meurt une dernière prière.

Hte-Aïde Beaumenil, de l'Académie royale de Musique, pensionnaire du Roi.—Dessinée ad vivum par Pujos, gravée par Vidal en manière noire.—Elle a de jolis yeux étonnés, un petit nez pointu, une bouche aux coins relevés, une physionomie futée où rit une gaieté maligne, sous une haute coiffure aux coques crêpelées et couronnée d'une guirlande de roses. Et Mlle Beaumenil se voit ainsi dans un médaillon entouré du serpentement de brindilles de lierre, avec au bas de son portrait la partition ouverte de l'opéra de «Tibulle et Délie», et ces vers: