Est-ce une Muse, est-ce une Grâce,

Qui tient la lyre d'Appollon?

C'est toutes deux. Tibulle en instruit le Parnasse

Et Beaumesnil leur a prêté son nom.

Rosalie Duplant, de l'Académie royale de Musique, reçue en 1762.—Dessinée par Leclerc, gravée par Elluin.—Un long cou, un long nez busqué, une longue figure qui a quelque chose d'une tête de cheval, telle apparaît, malgré sa réputation de beauté, le premier sujet à baguette de l'Opéra, en l'estampe qui la montre sous le costume qu'elle portait dans l'opéra de «Pyrame et de Thisbé», vêtue d'un vestinquin bordé de fourrure, dans un médaillon, où un masque tragique est posé sur une torche enflammée.

La Dlle Lemaure[29]. Problème d'opéra, 1740. C'est une rare estampe satirique, inspirée par les accès de religiosité de la libertine chanteuse. Elle est dessinée à moitié vêtue en reine d'opéra, à moitié vêtue en religieuse, et d'un côté un homme d'église la déshabille de sa robe de théâtre, et de l'autre Thuret, le directeur de l'Académie lyrique, et un galant, sa bourse à la main, la déshabillent de sa robe de nonne. Et dans l'appartement, sont mêlés et confondus les opéras de Pancrace Pèlerin et les Hymnes de l'abbé Bizot, et en dépit d'un grand tableau qui montre un diable perçant de sa fourche la Luxure terrassée, sur la toilette dont le tapis est relevé par un bidet, s'étalent les «Poésies gaillardes» de l'abbé de la Garde. A cette imagerie est jointe une lettre «écrite à Mlle Lemaure par un abbé de ses amis», qui, lue, pliée en deux, au moyen de la dernière syllabe de la demi-page et de la première syllabe de la ligne suivante, prend le sens le plus obscène.

Mademoiselle Rosalie Levasseur, de l'Académie royale de Musique, pensionnaire du Roi, née à Valenciennes.—Dessinée et gravée par Pruneau d'après le buste de Dumont de Valenciennes.—Un front extraordinairement bombé, un œil impudent, un rictus dédaigneux de la bouche, un ensemble de traits populaciers à l'image de sa voix, ainsi caractérisée par la méchante langue de Sophie Arnould: c'est le portrait de la toute-puissante maîtresse de Mercy-Argenteau, devenue baronne du Saint-Empire, puis femme de l'ambassadeur.

Mademoiselle Maillard, de l'Académie royale de Musique.—Dessinée et gravée en couleur par Coutellier.—La jolie femme dont un état de l'Opéra dit: «sujet très utile, mais qui malheureusement se laisse faire des enfants; ce qui prive le public d'un grand nombre d'opéras»; la future déesse de la Liberté est représentée avec son petit profil fardé, les belles lignes de sa gorge, dans une robe rose, sous l'échevellement blanc de son abondante coiffure poudrée à frimas.

Mademoiselle Pélissier.—Peinte par Drouais, gravée par Daullé, avec l'adresse de Drouais.—La rivale de Lemaure, la chanteuse de laquelle on a dit que les opéras sans elle n'étaient plus que des concerts, figure dans une grande composition à la Nattier, habillée plutôt d'une draperie que d'une robe. Elle a des yeux noirs en coulisse, des joues trouées de fossettes, une bouche sensuelle qui retrousse aux coins, une mignonne chair toute pleine de délicatesses finement sculptées.

Madame de St-Huberti, de l'Académie royale de Musique.—Dessinée par Le Moine, gravée en couleur par Janinet.—La sublime chanteuse, qui, un jour, fit un poète du lieutenant d'artillerie devenu Napoléon Ier, est peinte sous la blondasserie de ses cheveux alsaciens, avec sa grande bouche, son nez de soubrette, un ensemble de petits traits bas et bourgeois. A ce portrait réel de Le Moine, qui fut répété de toutes les sortes, il faut joindre un portrait idéalisé, le portrait de la chanteuse telle que le public la voyait au théâtre, un portrait d'après une peinture de Reynolds, et qui a pour titre: «La Musique, ou Mlle Saint-Huberty inspirée par Apollon.»