Pas de deux tiré du second acte de Silvie, exécuté par M. Dauberval et Mlle Allard.—Dessinée par de Carmontelle, gravée par Tilliard.—La danseuse, la seule danseuse qui eût le privilège de composer ses entrées, danse aux côtés de Dauberval, dans son étrange robe, traversée de barrières de perles, au retroussis de peau de bête sauvage, son profil à la fois voluptueux et moqueur penché en arrière dans un coquet mouvement de retraite.

Mademoiselle Camargo.—Peinte par Lancret; réduction de la grande planche gravée par Cars.—La déesse des tambourins, celle dont la jambe était, avec la voix de Lemaure, le jarret de Dupré, les trois merveilles de l'Opéra, celle dont le pied fit la fortune du cordonnier Choisy, est représentée, se déployant au milieu d'un orchestre caché dans la feuillée, avec dans le corps quelque chose de l'envolée d'une sylphide, avec sur la figure quelque chose de l'animation chaude et brune d'une Méridionale.

«La Flore de l'Opéra.» (Portrait présumé de la Guimard.)—Peinte par Roslin, gravée par Basan. La danseuse sans égale dans les ballets anacréontiques est montrée par le peintre, avec son visage parlant, le coude appuyé sur un nuage, la gorge sortant d'une chemisette, en train d'assembler de ses longs doigts une guirlande de fleurs.

La maigreur de la sèche danseuse, aux membres d'araignée, et qu'on appelait le Squelette des Grâces[30], a été caricaturée en 1789, dans une rare estampe publiée à Londres et qui a pour titre: The Celebrated G....rd or Grimhard from Paris. Sous l'empanachement de grandes plumes, et dans le rose et le bleu tendres d'une robe de danseuse, on voit la Guimard avec un visage qui a le décharnement d'une tête de mort, agiter des bras et des mains, qui sont les bras et les mains d'une ostéologie.

Mlle Héligsberg dans le ballet du Jaloux puni.—Dessinée par de Janvry, gravée par Condé.—Cette danseuse qu'on trouve, sur les états de l'Opéra, attachée aux chœurs de la Danse pendant les années 1783 et 1784, est représentée en habit d'homme, glissant sur la pointe d'un pied, ses gracieuses et sveltes formes modelées avec amour dans un collant, et ses beaux grands yeux en son petit minois chiffonné, ressortant de dessous les bords relevés d'un grand chapeau de montagnard.

Mademoiselle La Chanterie, de l'Opéra.—Dessinée par Pierre, gravée en manière de sanguine par Gilsberg.—Cette danseuse très inconnue, dont un rapport de police nous raconte les amours scandaleuses, avait les traits purs d'une belle statue, des traits qui ont valu à la femme cette grande étude qui a le caractère d'une tête d'expression. C'est à propos de Mlle La Chanterie qu'un Anglais fort maltraité dans sa santé par ses faveurs, retrouvant son portrait dans une Immaculée Conception d'une église de Paris, s'écria: «Voilà la vierge qui m'a donné la ch... p...»

Théodore Dauberval.—Dessinée par Lefèvre, gravée par Legoux.—La tête de la danseuse philosophe, qui demandait à Rousseau un cours d'instruction pour se conduire à l'Opéra, apparaît dans un médaillon grand comme un dessus de bonbonnière, semblable à un camée mutin de l'antiquité.

Louise-Magdeleine Lany, pensionnaire du Roi, née à Paris le 19 novembre 1733, reçue à l'Académie royale de Musique en novembre 1748 et retirée en avril 1767.—Dessinée par de Carmontelle.—Une nerveuse femme au grand nez aquilin, aux traits marqués, faisant des élévations dans des souliers de satin blanc, au haut talon.

Mademoiselle Marie Sallé, la Terpsichore françoise.—Peinte par Fénouil, gravée par Petit.—Sallé, la Grâce et la Décence du ballet, est représentée tenant une colombe dans ses mains. Une figure plate, un long nez droit, une grande bouche sardonique, des traits où il y a comme la masculinité fade d'un abbé blondin.

Passons à la Comédie-Française en donnant le pas à la Tragédie.