Hippolyte de la Tude Clairon, comédienne françoise, pensionnaire du Roi, a débuté le 19 septembre 1743 dans le rôle de Phèdre, reçue le 22 octobre suivant.—La tragédienne d'art, à la tête de grisette, au mouvement lascif de la bouche, est représentée dans la Médée de Longepierre en sa jolie dramatisation, les narines dilatées, les yeux écarquillés.

On retrouve la Clairon-Médée dans une autre estampe non terminée[31], en son char aux enroulements de serpents, la tête de Méduse sur la poitrine, échevelée, et brandissant d'une main une torche, d'une autre main un poignard, et déclamant:

A tes deux fils, j'ai sçu percer le flanc,

Regarde ce poignard et cette main sanglante.

Charlotte Desmares.—Peinte par C..., gravée par Lépicié en 1733.—La nièce de la Champmeslé, une grosse et grasse femme, à la figure joufflue, à la petite bouche en cul de poule, aux yeux pleins d'une gaieté, la faisant quelquefois éclater de rire en scène; qui, «touchante dans les pleurs, piquante dans les ris», tient d'une main un masque comique passé dans un poignard: allusion à son double talent de tragédienne et de comédienne.

«Qui mieux que toy, Duclos, actrice inimitable.»—Peinte par de Largillière, gravée par Desplaces.—Dans cette immense et somptueuse estampe, la Duclos apparaît en la majesté, la pompe, le grandiose des reines de théâtre d'autrefois, sous l'aspect imposant que seul peut rendre le mot latin portentosa. L'Ariane abandonnée, sous sa coiffure en diadème, avec l'ample nudité de sa poitrine, parmi les lambrequins de brocart se cassant en lourds plis autour de son corps, au milieu de l'éclairage d'apothéose du fond, où se voient vaguement une cohorte de faunes brandissant des thyrses, et un puissant amour qui tient une couronne d'étoiles au-dessus de la tête de la tragédienne;—l'Ariane du Théâtre-Français prend des proportions extra-humaines, une espèce de matérialité épique. Non, jamais actrice n'a eu un si grand et si triomphant ouvrage de burin consacré à conserver ses traits aux siècles futurs, et ce portrait vous fait prendre en mépris la pauvreté de nos portraits modernes de célébrités dramatiques.

Marie Dumesnil, de la Comédie-Française, reçue en 1737.—A Paris, chez Elluin, graveur.—Voici la tragédienne de tempérament, qui a peut-être poussé le plus loin les effets des rôles de fureur et de terreur, la voici dans sa laideur, avec sa figure plate et osseuse, son grand nez décharné, ses yeux d'aigle qui devenaient effrayants à certains moments. Elle est représentée dans le rôle d'Athalie, le corps habillé d'une robe à glands et à pompons, la tête coiffée d'un repentir, se déroulant à la dix-huitième siècle sur son épaule.

Adrienne Le Couvreur, morte à Paris, le 20 mars 1730, âgée de trente-sept ans.—Peinte par Charles Coypel, gravée par Drevet.—La première actrice, qui dans la tragédie, ait rompu avec le chant dont Racine n'avait jamais pu complètement guérir la Champmeslé, la maîtresse du maréchal de Saxe, la comédienne «vivant avec les duchesses» est peinte tenant dans ses mains l'urne des cendres de Pompée. Un rôle et un portrait où la sensibilité du jeu de la Le Couvreur, le touchant de son visage, la douleur de ses beaux grands yeux, sont rendus merveilleusement par le peintre et le graveur, sous la robe de veuve de Cornélie.

Un autre portrait vous fait faire connaissance avec «les traits de la ville» de l'actrice, vous détaille ses yeux tendrement expressifs, son nez délicatement aquilin, sa bouche spirituelle: c'est le petit portrait de la suite d'Odieuvre, peint par Fontaine, gravé par Schmidt.

Fse A. M. de Raucourt, née à Paris, le 3 mars 1756, débutée à la Comédie-Française le 13 décembre 1772, reçue le 23 mars 1773.—A Paris, chez Bligny, lancier du Roi.—Mlle Raucourt, appelée méchamment, à propos de son goût pour son sexe, l'enfant gâté de la nature, et dont la beauté fit une sorte de révolution à son début, n'a guère dans ce portrait de cette beauté si vantée que de gros traits impudents.