Lorsque le roi eut congédié Anselme et Jean Adorne, ils furent présentés à ses fils, famille qu'attendait une tragique destinée; car l'assassinat est la voie sanglante par laquelle deux petits-fils d'Hutmen montèrent successivement au trône, qu'il laissa à l'un de ses fils.

Après leur visite au palais, nos voyageurs furent conduits, par ordre du saab, dans toute la ville; peu d'étrangers ont eu l'occasion de la voir à cette époque avec autant de détail.

II

Tunis.

Bazars. — Mosquées. — Les restes de sainte Oliva. — Le faubourg appelé Rabat. — La garde chrétienne. — La ville des tombeaux. — Ce qui rend les femmes belles. — Le manchot, écrivain public. — Le sauf-conduit. — Carthage. — Dangers de la pêche. — Visite au camp arabe. — Fêtes du Baïram. — Peste et brigands.

Tunis avait une enceinte carrée, de fortes murailles, avec six portes et des tours fort rapprochées l'une de l'autre. Autour de la ville s'étendaient de vastes faubourgs qui, ne laissant point de vide entre eux, lui donnaient en réalité une étendue bien plus grande.

Un lieu particulier était assigné à chaque métier, et chaque sorte de marchandise se vendait dans un marché spécialement désigné à cet effet. On portait le nombre des mosquées à deux cent soixante, toutes à peu près de même forme. Elles étaient carrées, laissant au milieu un espace à ciel ouvert qu'entourait une galerie, avec un rang de colonnes en dedans: de chaque mosquée s'élevait d'ordinaire une tour haute et très effilée.

Les chrétiens ne pouvaient pénétrer dans ces temples; mais ils se racontaient que dans le principal on voyait encore une grande cloche apportée dans les anciens temps, et qu'au sommet d'une autre mosquée plus petite, que nos voyageurs virent près de là, on conservait les restes de sainte Oliva. Les Maures, ajoutait-on, n'osaient y toucher, car quelques-uns, s'y étant hasardés, leur main impie s'était à l'instant desséchée.

Voici maintenant d'autres détails assez curieux: La partie de la ville la plus agréable, la plus ouverte et où se trouvaient les plus belles habitations, était un faubourg qui s'étendait à l'ouest du palais. Là, sur la droite, non loin de la résidence royale, plusieurs quartiers environnés de murs et munis de portes formaient un assemblage qu'on appelait Rabat. Ils étaient habités par des chrétiens: pour la langue, l'aspect, les manières, vous eussiez dit des Maures; transportés dans le pays depuis longtemps, ils en avaient pris les habitudes sans abandonner leur foi.