Enfin, après une pénible montée, nos voyageurs aperçurent au pied du mont Sinaï, dans une petite plaine environnée de trois côtés de montagnes très-élevées, une enceinte carrée de hautes et fortes murailles; ils y pénétrèrent par trois portes de fer, laissant dehors les Arabes qui les accompagnaient, et furent surpris de voir une sorte de petite ville: c'était le célèbre monastère de la Transfiguration.

Aujourd'hui, l'on y entre par une lucarne élevée de quarante pieds au moins au-dessus du sol, au moyen d'une corde attachée à une poulie. La porte est murée et ne s'ouvre que pour le patriarche de Constantinople[56].

Au milieu de l'enceinte s'élève l'église bâtie en marbre et couverte de plomb. Elle est divisée en trois nefs par deux rangs de colonnes. Le sire de Corthuy admira le poli et le travail du marbre dont elles sont formées et l'éclat des lampes qui éclairaient l'intérieur de l'église. De sa partie occidentale, on le fit descendre par des degrés de marbre dans un lieu voisin du chœur, où les restes de sainte Catherine, transportés là, du haut de la montagne sur laquelle ils furent trouvés, reposaient dans une tombe de marbre blanc. Les gardiens lui montrèrent ces saints ossements avec une grande solennité.

A peu de distance de ce sanctuaire, on lui indiqua la place où, lui dit on, Moïse vit le buisson ardent.

Il y avait encore dans le monastère deux chapelles grecques et une pour les Latins. Sur l'autel de celle-ci était ouvert le missel romain; mais le père de Géramb nous apprend que les catholiques en ont été dépouillés il y a un siècle et demi.

Suivant l'Itinéraire, on montrait dans le monastère la fontaine que Moïse fit jaillir d'un rocher en le frappant de sa baguette: il semble pourtant qu'il s'agissait plutôt du puits auprès duquel Moïse rencontra les filles de Jéthro.

Autour du couvent, ce ne sont que rochers arides et déserts; cependant, à force de patience et d'industrie, les frères avaient créé dans des vallons où se trouvaient des fontaines, quatre ou cinq jardins qui produisaient toutes sortes de fruits.

«Les montagnes qui entourent le couvent forment quatre chaînes qui s'étendent au loin,» dit Jean Adorne dans l'Itinéraire de son père. «Je pense que toutes font partie du Sinaï; mais parmi ces montagnes, il y en a deux qui l'emportent en sainteté et en célébrité: ce sont le mont de Moïse et celui de Sainte-Catherine. Le premier est peu éloigné du couvent; on y monte par un bel escalier de marbre.» Cet escalier doit avoir été en grande partie détruit, puisque, suivant la relation du trappiste voyageur, la montée ne se compose, pour ainsi dire, que de quartiers de porphyre feuilleté et de fragments de roche aigus. A moitié chemin est une chapelle qui rappelle le séjour du prophète Élie sur la sainte montagne. On voit au sommet les ruines de deux églises et une mosquée. Près de là on montre l'ouverture de rocher où Dieu fit placer Moïse[57].

Le mont de Sainte-Catherine, selon l'Itinéraire, est à peu près deux fois plus élevé que celui de Moïse. Sa hauteur est de 8,452 pieds au-dessus du niveau de la mer Rouge. On y voit un rocher sur lequel est empreint, dit-on, le corps de la sainte qui y reposa pendant plusieurs siècles[58].

En s'avançant entre les montagnes, nos Flamands trouvèrent, au milieu d'une plaine, une roche énorme que les fils d'Israël traînaient après eux quand ils traversèrent le désert, sous la conduite de Moïse, et d'où jaillissaient douze fontaines. «On en voit encore,» porte notre manuscrit, «les marques et pour ainsi dire les cicatrices.» En effet, ce bloc de granit, suivant un voyageur philosophe, laisse voir à sa surface verticale une rigole d'environ dix pouces de largeur sur trois pouces et demi de profondeur, traversée par dix ou douze stries ou découpures de dix ponces environ de profondeur, qu'a formées le séjour de l'eau. Ce sont bien là les cicatrices remarquées par Jean Adorne.