On arriva le soir à Remiché: deux mille Turcomans, chargés par le Soudan de protéger la contrée contre les incursions des Arabes, campaient en cet endroit. Nos Flamands trouvèrent sous leurs tentes la plus franche hospitalité: ces braves gens, à défaut de mets plus délicats, leur offrirent du laitage et du pain frais, et ne voulurent rien accepter en payement.

«Les Turcomans ou Turcs,» selon l'Itinéraire, «sont naturellement la nation la plus humaine et la plus compatissante du monde. Ils ne connaissent rien de plus agréable au ciel que d'accueillir un étranger et de pourvoir à ses besoins. Aussi se disputent-ils entre eux cet avantage: heureux qui peut approcher le premier du voyageur et le conduire sous sa tente.»

Le Chevalier et ses compagnons ne furent pas reçus moins cordialement, le lendemain, au village d'Albyre, chez des amis de leur muletier. On les conduisit à une montagne voisine du village de Sibiate, qui leur parut fort curieuse: c'était une masse énorme de rocher, semblable à un grand édifice. On y avait taillé des chambres carrées de la hauteur d'un homme et avec un petit portique orné de quelques colonnes. Il sortait du rocher une source limpide dont on pouvait puiser l'eau en entrant dans ces chambres.

Enfin, le 16 octobre au matin, le sire de Corthuy arriva de si bonne heure à Damas, qu'il se trouva devant le fontigue des Vénitiens avant que la porte en fût ouverte.

VI

L'embarquement.

M. de Lamartine. — Aspect de Damas. — Jardins. — Bassins. — Bazars. — Mosquées. — Le père Griffon d'Ypres. — Les Maronites. — Leur patriarche, franciscain. — La montagne Noire. — Beyrouth. — L'émir. — La caution. — Honorable scrupule. — Le départ.

Personne n'a oublié l'admirable peinture de Damas, qu'on trouve dans le voyage d'Orient du plus harmonieux des poëtes modernes. Jean Adorne ne connaissait point cette magie du style qui rend les lieux présents au lecteur et leur prête même quelquefois plus de charme qu'ils n'en offrent aux regards. Nos voyageurs, cependant, savaient apprécier, un beau site; ils furent enchantés de l'aspect de Damas.

«C'est une ville aussi belle et aussi opulente qu'elle est antique et célèbre. L'art pourtant contribue à ses agréments plus encore que la nature. Les vergers et les jardins qui l'entourent de tous côtés et qui en rendent l'aspect si ravissant, doivent, en effet, leur belle végétation à une multitude de canaux qui y amènent incessamment des eaux courantes. Il ne nous souvient pas d'avoir joui d'un coup d'œil plus enchanteur que celui de cette ville, vue des montagnes qui la dominent. Ce n'est qu'un immense et délicieux jardin, d'une admirable verdure, du milieu de laquelle s'élèvent, çà et là, les tours des mosquées, quelques palais et d'antres édifices.»