«On porte à 6,000 le nombre des jardins qui environnent Damas. Des bassins d'eau vive non-seulement y servent de bains, mais ils sont assez vastes pour que l'on s'y puisse livrer au plaisir de la natation. On tient aussi dans ces beaux lieux des oiseaux de diverses sortes, dont les chants ne sont pas même interrompus par l'hiver, en de si doux climats.»

«Damas n'est pas moins propice au commerce qu'à l'agrément de la vie. Chaque métier, chaque genre de négoce a son bazar particulier: c'est une place couverte, en été, de voiles qui la protégent contre l'ardeur du soleil, et pleine de boutiques où, en général, l'on ne vend qu'une sorte de marchandise: il en est d'autres, pourtant, où des objets de diverses natures sont admis.»

«La ville abonde en mosquées. La principale, qui surpasse toutes les autres en beauté comme en grandeur, est de forme triangulaire et ornée de trois tours fort élevées.»

Ainsi s'exprime l'Itinéraire de notre chevalier.

Après s'être reposé dix jours à Damas, Anselme se rendit à Beyrouth, qui est le port le plus voisin. Il y trouva un savant compatriote, le père Griffon, de Courtray, religieux franciscain, accompagné de deux moines de son ordre. Il parlait avec facilité l'italien et l'arabe, et avait écrit dans la première de ces langues une cosmographie d'Asie, que Jean Adorne trouva si intéressante qu'il se proposait de la traduire en latin. Le père Griffon avait ramené à l'Église romaine plusieurs Maronites, entre autres leur patriarche. Nos voyageurs virent ce dignitaire à Beyrouth, revêtu de l'habit de Saint-François.

«Les Maronites,» est-il dit à cette occasion dans l'Itinéraire, «habitent une partie du Liban appelée la Montagne Noire, près de Tripoli.» (On sait que Liban, au contraire, veut dire blanc.) «Ils possèdent plusieurs riches bourgs ou villages, dont le principal est Acora» (peut-être Antoura). «Ce sont des hommes déterminés et d'excellents archers. Les montagnes du Liban présentent les plus ravissants points de vue. De jolis édifices s'élèvent entre les cèdres et les cyprès; des ruisseaux bondissent du haut des rochers. La population est nombreuse et les fruits abondants.»

Le baron de Corthuy fut enchanté de trouver à Beyrouth un bateau vénitien de cent tonneaux, conduit par Stefano de Stefani, déjà tout chargé et prêt à mettre à la voile. Il se hâta d'y retenir place pour lui et les siens, heureux d'échapper enfin aux insultes et aux périls qui étaient le partage des chrétiens chez les infidèles. Il semblait à nos Flamands qu'un siècle se fût écoulé depuis qu'ils avaient mis le pied sur le territoire de l'Islamisme. Toujours des inquiétudes, toujours la mort devant les yeux, nul moment de repos ni de sécurité: celui de respirer librement était donc à la fin arrivé!

Déjà ils approchaient de la chaloupe qui devait les conduire à leur navire, lorsque, en sortant de la ville, ils aperçoivent l'émir qui en avait le commandement, assis devant la porte, au milieu de ses Mamelucks. A cette vue, un secret frémissement avertit les voyageurs qu'ils n'étaient pas encore au bout de leurs épreuves. En effet, l'émir, leur ayant commandé d'arrêter, leur demande caution «de ne jamais léser la majesté du Soudan, de parole, de conseil ou d'action, et de ne rien entreprendre contre la sûreté du prince ou de l'État.»

C'était plus que le Chevalier ne pouvait promettre. Rien, au contraire, ne lui tenait plus à cœur que de concourir de tous ses moyens à la délivrance de la Terre-Sainte et à la destruction du pouvoir de ses maîtres. Arrêté par un honorable scrupule, Anselme hésitait; heureusement, il fit réflexion qu'on ne lui demandait pas d'engager sa parole, mais son argent, et que c'était tout simplement une dernière exaction qu'il fallait subir. Il paya donc, et les Flamands, entrant dans la chaloupe, s'éloignèrent avec autant de joie, dit notre manuscrit, que l'animal traqué par des chiens acharnés, lorsqu'enfin il leur a fait perdre la piste.

Le vent était favorable, et le sire de Corthuy atteignit bientôt l'île de Chypre, où se préparaient de graves événements.