Un monument, si rare dans son espèce, avait été érigé pour éterniser la mémoire du roi de tous les Gueux, qui furent, qui sont et qui seront; de Nicolas, célèbre non-seulement par son habileté et ses succès, qui lui avaient fait amasser d'immenses richesses, mais par sa bienfaisance vraiment royale, car il avait fondé cinq hôpitaux pour ses nombreux sujets.
La bonne foi avec laquelle l'Itinéraire est écrit défend de traiter ce récit de fable; il n'en est pas moins fort étrange.
Après avoir encore passé par Marino, l'un des domaines de l'illustre maison de Colonna, le sire de Corthuy se trouva de retour, le 11 janvier 1471, dans la capitale du monde chrétien, qu'il avait quittée le 23 avril de l'année précédente, ayant ainsi employé environ huit mois et demi à visiter la Barbarie, l'Égypte, une partie de l'Arabie, la Terre-Sainte, la Grèce, avec des fatigues et des dangers dont de nos jours l'on ne peut se faire d'idée, car il n'y a plus maintenant ni distances, ni flots, ni barbares: on voyage avec les ailes de la vapeur et l'on est reçu par des Turcs en redingote, humbles vassaux de notre civilisation.
III
Florence et Ferrare.
Le camérier du pape. — L'archevêque d'Arles. — Les imprimeurs allemands. — Goûts littéraires du sire de Corthuy. — Université de Sienne. — Florence-la-Belle. — Divers palais. — La liberté et les Médicis. — Bologne. — Jean de Bentivoglio. — Ferrare l'aimable. — Les Ferraraises à la fenêtre. — La maison d'Este. — Le palais de Scimonoglio et celui de Belfiore. — Benvenuto Cellini. — Son remède contre le mauvais air.
Le sire de Corthuy apportait à Rome les informations les plus fraîches et les plus exactes sur la situation de l'Orient. Paul II l'accueillit avec un nouvel intérêt et témoigna même le désir d'attacher à son service Jean Adorne. Placé dans une telle position, avec ses talents et ses connaissances, le jeune homme devait voir s'ouvrir devant lui la carrière des légations, des prélatures, du cardinalat. Flatté de cette perspective brillante, Anselme accepta pour son fils l'offre du souverain pontife. Il fut convenu que Jean reviendrait à Rome après avoir accompagné son père jusqu'à Bruges, dont il était depuis si longtemps absent et qu'il désirait ardemment revoir.
Le cardinal de Saint-Marc témoigna au Chevalier sa bienveillance accoutumée. Anselme et son fils rencontrèrent chez lui un savant distingué: c'était l'archevêque d'Arles, appelé à Rome par le pape pour revoir et corriger des manuscrits d'auteurs anciens, que ce pontife faisait imprimer par des ouvriers allemands récemment arrivés dans cette ville. On voit que Paul II encourageait les travaux littéraires, quoique Sismondi l'accuse d'avoir persécuté ceux qui s'y livraient.
Les deux Adorne trouvèrent également un accueil empressé chez plusieurs seigneurs et deux négociants de Gênes: Clément de Ubenaldi et Meliaduce.