Une des portes du khan donne accès dans le bazar. Celui de Brousse ne présente rien de particulier. C’est le bazar aux ruelles voûtées que l’on rencontre dans les principales villes d’Asie ; la même disposition, les mêmes comptoirs surélevés d’un mètre au-dessus du sol, les mêmes types de juifs, grecs, arméniens, vendeurs criards et importuns, les mêmes marchands turcs silencieux et dignes.

Ce que l’on désigne à Brousse sous le nom du tcharchi n’est qu’une partie du bazar ; c’est celle où se vendent principalement les objets de première nécessité, les denrées et les aliments.

C’est dans ces trois centres, ai-je dit, que se résume toute l’activité commerciale. Il ne faudrait point cependant que cette expression pût induire en erreur. La valeur des termes et des mots se modifie suivant les pays et les climats. L’activité d’Asie n’a nul rapport avec celle de France. Cette activité chez tous les commerçants du bazar et du tcharchi commence avec les besoins journaliers et finit avec leur réalisation. La plupart se contentent des bénéfices au jour le jour et s’inquiètent peu d’amasser en prévision de l’avenir.

Hâtons-nous aujourd’hui de jouir de la vie ;

Qui sait si nous serons demain ?

Aussi, à peine ont-ils gagné les quelques piastres nécessaires à leur entretien quotidien qu’ils s’empressent de fermer leurs comptoirs et d’aller tranquillement faire la sieste au soleil ou prendre un bain.

Je ne parle ici, bien entendu, que des commerçants indigènes. Les Européens agissent tout autrement. On pourra en juger d’ailleurs au chapitre spécial que nous consacrons à l’industrie de la soie.

Cette manière de comprendre et de pratiquer le commerce fait que réellement tous ces gens sont pauvres, se trouvent dans une gêne voisine de la misère, et par suite ne présentent aucune garantie commerciale.

On peut leur appliquer encore aujourd’hui ces termes d’un rapport que Mustapha Fazil Pacha adressait en 1867 au Grand Vizir : « L’agriculture, le commerce, l’industrie, disait-il, tout décline dans l’empire ; les peuples semblent avoir perdu le besoin et l’art de produire ; ils voient leur détresse, et cette détresse ne secoue pas leur léthargie et ne les pousse à aucun effort. »