La meilleure société arménienne et grecque loge là en villégiature.

La race grecque, sur ces côtes, a conservé, même dans la plus basse classe, une pureté de lignes, une distinction, un cachet comme maintien, vraiment admirables. Les femmes arméniennes de leur côté, sans pouvoir rivaliser avec les grecques pour la régularité des traits, ont cependant toutes une grâce native qui rachète largement cette infériorité.

Aussi les masures où ces types de perfection achevée se confinent pendant leur villégiature doivent-elles, lorsqu’ils y entrent, être aussi étonnées que pourrait l’être la hutte d’un Lapon recevant la visite d’un chaud rayon de soleil.


Le seul endroit où quelquefois, sur le soir, on se rencontre, c’est sous un platane aussi vieux que majestueux. Là, un cafedji intelligent a installé une petite table et sert aux amateurs du raki et du café.

Au pied de ce platane coule une source d’eau limpide et délicieuse, bien supérieure à toutes les boissons frelatées dont l’exportation inonde ces pays comme prétendus produits d’Europe.

Cette source est réputée sainte par les grecs. Aussi le clergé s’en est-il emparé. On a installé une image de la Vierge, coloriée, au-dessus de la source, deux cierges et le tronc traditionnel pour les offrandes. Là, en attendant la construction de l’église, on célèbre en plein air, sous le platane, les offices du rite grec. Le pope, à la toque noire, haute de forme, appelle les fidèles en frappant en cadence, avec un marteau, une longue barre de fer. Puis l’office commence. Les chants s’entendent au loin. Si un musulman vient à passer, il doit se détourner de son chemin pour ne point troubler l’office. Je le répète, les turcs sont devenus bien tolérants en matière de religion !

CHAPITRE IV
LA JUSTICE ET LES JUGES

I
LES TRIBUNAUX TURCS

Le konak du gouverneur. — Les cafés. — Les faux témoins. — La salle des pas perdus. — Une audience au tribunal mixte. — Les procès sans fin. — Doléances d’un Français.