Hassan-baba-bey — 55 ans — marchand de vieilleries au Bit-bazar — vieux turc fanatique — instruction nulle — savoir-vivre nul également — ôte ses bottines et ses chaussettes pendant les audiences pour être plus à son aise — se croit une haute valeur — se donne pour un magistrat et prend des airs de grand imam quand il siège au tribunal — ne possède aucune connaissance théorique du droit et de la législation de son pays — incapable par ce fait de saisir le sens précis de la loi, encore moins de l’interpréter — n’hésite pas à regarder comme pernicieuses les institutions judiciaires modernes, et estime qu’elles seraient avantageusement remplacées par le Chéri — exerce une grande influence sur le tribunal ; sa voix est prépondérante dans les décisions — quand il s’agit d’un procès mixte a toujours son opinion faite d’avance et ne manque pas de faciliter par des questions habilement posées la tâche du défendeur ou du demandeur turc — toujours mal disposé pour les intérêts des Européens — est classé au nombre des juges corruptibles.


Mevlahné — 48 ans — commissionnaire en toutes sortes de marchandises — esprit arriéré — instruction nulle — se range toujours à l’opinion de son collègue Hassan-baba-bey, pour lequel il semble professer une profonde admiration — craint toujours d’assumer une responsabilité quelconque — donne parfois cependant son avis, mais il n’insiste jamais quand il ne rencontre pas l’approbation de ses collègues turcs — passe pour un membre intègre, principalement parce que l’on connaît son peu d’influence au tribunal et que par suite il n’y a pas utilité de chercher à le corrompre.


Panaios — Grec orthodoxe — sujet ottoman — fait le commerce du tabac à priser — caractère nonchalant — est à la complète dévotion du président — instruction nulle — affecte du savoir-vivre ; politesse exagérée — s’abstient généralement de prendre part aux discussions, à moins que les intérêts d’un grec ne soient en jeu ; mais alors il agit assez activement auprès du président, jamais en public, bien entendu, toujours à huis clos.


Eddine-Effendi — 60 ans — ex-membre des tribunaux de Constantinople — préside une des Chambres du tribunal civil — est assurément le juge le plus instruit des tribunaux du vilayet — a introduit dans ses audiences certains principes qui devraient être suivis par ses collègues — cherche, en effet, à mettre son tribunal sur le même pied que ceux de la capitale, et s’occupe très sérieusement de la police intérieure de la Chambre qu’il préside — à ce point de vue Eddine-Effendi se distingue particulièrement de ses collègues — il est très pointilleux sur ses prérogatives comme président — il ne faillit jamais à relever le moindre incident portant plus ou moins atteinte à la dignité du tribunal ; c’est ainsi, par exemple, que l’on n’entre plus au tribunal civil avec un parapluie sous le bras ; il y est également interdit de plaider avec un tébili (chapelet) à la main — est très zélé dans ses fonctions — expédie les affaires avec activité et ponctualité, ce qui n’existe dans aucune autre Chambre — est peu aimé de ses collègues et du public turc ; cela se comprend, puisqu’il est ami des réformes.


Indjili-Tchouch — 60 ans — un des plus anciens membres du tribunal civil — le plus vieux turc qui existe parmi le personnel judiciaire de la ville — est également le fonctionnaire le moins intelligent, le moins instruit et le plus borné — il présente un contraste parfait avec son président — d’une nonchalance égale à son ignorance — ne prend jamais part aux délibérations — approuve toujours du turban quand le président émet un avis — sa nullité le garantit contre les tentatives de corruption.