Azarias — Arménien, mais aussi turc qu’un musulman… c’est-à-dire ennemi des réformes — quoique non instruit est cependant intelligent et assez expérimenté — donne son avis, émet son vote sans trop de crainte ; car possédant une petite fortune personnelle, il n’attend rien de ses fonctions et ne se laisserait pas corrompre pour peu.


Duwi Zadeh — 55 ans — président du tribunal correctionnel, a rempli dans les tribunaux de la Turquie d’Europe diverses fonctions importantes — homme intelligent — actif pour un turc — cherche à se perfectionner dans la langue française — ne dédaigne pas d’étudier nos codes — mais, à huis clos, entre intimes, regrette les privilèges accordés aux étrangers dans les affaires ottomanes, déclare n’en avoir jamais compris la nécessité et ne manque pas de l’affirmer chaque fois qu’il en trouve l’occasion — somme toute, serait un président relativement assez bon s’il n’avait la réputation d’être un peu accessible à la corruption.


Yussuf — 60 ans — commerçant en tissus — vieux turc, avec cet avantage qu’il a le mérite de ne point dissimuler ses sentiments — il est le fanatisme personnifié — ne prend souci d’aucune affaire où un musulman n’est pas intéressé — c’est une nullité préjudiciable assurément aux intérêts européens.


Christophorès — Grec orthodoxe — instruction nulle — esprit borné — grand entêtement — est cause du retard apporté à l’expédition de la plupart des affaires courantes — très attaché à sa religion — bien noté chez le métropolitain — indifférent aux procès étrangers, à moins qu’un intérêt grec ne soit en jeu — se laisserait corrompre, mais n’en trouve pas l’occasion, les parties s’adressant de préférence au président, comme de juste, et aux membres influents.


Rechid-Effendi — 70 ans — a été hakim (premier fonctionnaire du Chéri), dans plusieurs vilayets — a occupé à Constantinople diverses fonctions dépendant du Chéri — passe pour être très versé dans la loi sainte — en tous cas est efficacement secondé par son fils qui lui sert de naïb — quant à ses aptitudes comme président d’une cour supérieure appelée à juger les affaires civiles en dernier ressort, elles paraissent être très limitées ; du reste ses prédécesseurs n’ont pas été mieux doués que lui sous ce rapport, ses successeurs ne le seront probablement pas davantage.